Le WTI et le Brent en baisse de 25 % sur les marchés asiatiques

Agence France-Presse et La Presse

Branle-bas de combat dans le marché pétrolier : les cours du brut chutaient lourdement en Asie lundi matin – dimanche soir, heure de Montréal – après que l’Arabie saoudite eut décidé de baisser ses prix à la livraison, en raison de l’échec de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de ses alliés à se mettre d’accord pour soutenir les cours.

Au tout début des échanges en Asie, le Brent, référence mondiale du prix du pétrole, a même plongé de plus de 30 %, sa pire chute depuis la guerre du Golfe, en 1991.

Vers 22 h, heure de Montréal, les deux principaux contrats étaient en baisse de 25 %, le prix du pétrole américain WTI (West Texas Intermediate) s’établissant à moins de 31 $ US le baril et celui du Brent, à environ 34 $ US le baril.

Les Bourses ne sont pas épargnées non plus : elles ont ouvert en forte baisse en Asie, et à 23 h 30 dimanche soir, les contrats à terme sur le S&P 500 laissaient présager une baisse de près de 5 % pour l’ouverture de la séance de lundi à Wall Street.

Vaste braderie en Arabie saoudite

Jeudi encore, le WTI se négociait à 46 $ à New York, avant de reculer à un peu plus de 41 $ vendredi. Le WTI n’était pas tombé aussi bas que 30 $ US depuis le début de l’année 2016. Le prix s’était ressaisi dans les mois suivants et n’était jamais vraiment redescendu sous le seuil des 40 $ US.

L’Arabie saoudite s’est lancée dimanche dans une vaste braderie en effectuant la plus importante réduction de ses prix pétroliers en 20 ans. Ainsi, le prix pour le pétrole à destination d’Asie a diminué de 4-6 $ par baril alors que celui pour les États-Unis a été réduit de 7 $ par baril. Aramco a vendu son baril d’Arabian Light à un prix sans précédent : 10,25 $ en dessous du baril de Brent de la mer du Nord, selon Bloomberg. Selon des sources de l’agence Reuters, l’Arabie saoudite se prépare à déverser chaque jour quelque 10 millions de barils supplémentaires sur le marché, à partir d’avril.

Les mesures saoudiennes sont intervenues après l’échec de négociations entre l’OPEP et la Russie sur des réductions de production. La Russie s’est opposée à une nouvelle réduction de 1,5 million de barils par jour destinée à enrayer la chute des cours du brut, qui ont encaissé une baisse brutale à l’annonce de l’échec des négociations.

Jeffrey Halley, analyste chez Oanda, a dit que « l’Arabie saoudite semblait avoir l’intention de punir la Russie ».

Les prix du pétrole […] vont vraisemblablement être plafonnés les prochains mois alors que le coronavirus freine la croissance économique, et l’Arabie saoudite […] offre un énorme rabais sur son pétrole brut léger.

Jeffrey Halley, analyste chez Oanda

Dans la foulée de cet accrochage entre Russie et Arabie saoudite, la firme Goldman Sachs a réduit à 30 $ US sa prévision de prix pour le Brent aux deuxième et troisième trimestres. Dans un rapport publié dimanche, ses analystes disent même envisager un prix aussi bas que 20 $ US le baril. « Le pronostic pour le marché pétrolier est encore plus sinistre qu’en 2014, quand une guerre de prix semblable s’est déclenchée, parce que cela survient de pair avec un effondrement significatif de la demande, en raison du coronavirus », note Goldman Sachs.

Au début du mois, Morgan Stanley avait revu à la baisse son estimation de la demande mondiale de pétrole pour 2020, du fait de l’épidémie de COVID-19. La banque américaine prévoit même que la croissance de la demande chinoise sera nulle cette année.

Les Bourses asiatiques reculent encore

Les Bourses ont également commencé la semaine sur une bien mauvaise note. Les principales places d’Asie ont essuyé de lourdes pertes lundi (heure locale), victimes à la fois de la propagation incessante de l’épidémie mondiale de COVID-19 et de la dérape des prix du pétrole.

PHOTO EUGENE HOSHIKO, ASSOCIATED PRESS

L’indice vedette Nikkei de la Bourse de Tokyo a connu son lot de difficultés, dimanche (heure de Montréal).

À la Bourse de Tokyo, c’était particulièrement l’affolement : à la pause de midi (en fin de soirée dimanche, heure de Montréal), l’indice vedette Nikkei creusait encore ses pertes par rapport au début de séance, lâchant 6,2 %.

Les Bourses chinoises avaient également démarré en fort repli, surtout celle de Hong Kong, où l’indice Hang Seng a perdu 3,9 % dès les premiers échanges.

Le Japon vers la récession

La chute des cours à Tokyo était encore aggravée par la contraction plus sévère de la croissance japonaise au quatrième trimestre 2019 (- 1,8 % sur un trimestre), selon des données révisées lundi par le gouvernement, contre une baisse initialement estimée à 1,6 %.

Avec l’incidence prévisible de l’épidémie de coronavirus au premier trimestre 2020, le Japon se dirige tout droit vers une récession, caractérisée par une contraction du produit intérieur brut pendant au moins deux trimestres d’affilée. Ce serait une première depuis 2015.