La Bourse de Toronto connaît son meilleur départ depuis plus de 20 ans. En hausse de 16 % après 76 séances boursières, 2019 génère le plus fort début d'année depuis 1998.

Publié le 19 avr. 2019
RICHARD DUFOUR LA PRESSE

Ce n'est que la troisième fois depuis 1987 que la Bourse de Toronto montre une progression d'au moins 15 % après trois mois et demi.

S'il faut se fier à l'histoire, les départs canon de cette ampleur invitent à la prudence.

En 1998, la Bourse de Toronto affichait une progression de 17 % à la mi-avril, alors qu'en 1987, la poussée atteignait 23 % à la mi-avril. Dans ces deux cas, l'année s'était moins bien terminée. En 1998, la Bourse de Toronto avait bouclé l'année en territoire négatif (- 3 %), alors qu'en 1987, le krach boursier d'octobre avait effacé les gains du début de l'année.

Près de trois séances boursières sur quatre ont clôturé au vert à Toronto depuis le début de l'année. L'indice S&P/TSX a d'ailleurs dépassé hier son sommet historique de l'été dernier.

En ajoutant les gains des trois dernières séances boursières de 2018 à ceux réalisés jusqu'ici cette année par le principal indice canadien, la progression augmente à 20 %.

Du « bungee »

L'image du « bungee » peut être utilisée pour décrire le comportement de l'indice canadien depuis Noël. Le rebond spectaculaire survient après une chute continue des marchés dans la deuxième moitié de 2018.

Si la progression soutenue de la Bourse depuis la crise financière d'il y a 10 ans pouvait rendre le marché vulnérable à une correction, les investisseurs pouvaient aussi commencer à anticiper la fin du cycle économique.

Les évaluations ont été ajustées à la baisse dans la seconde portion de 2018 avec la normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale (relèvement des taux), notamment, à un moment où d'importants risques géopolitiques et commerciaux se faisaient sentir.

La situation a alimenté les craintes envers la croissance. L'anticipation d'une amélioration du contexte macroéconomique mondial, le rachat d'actions par les entreprises et le retour de politiques monétaires plus accommodantes ont toutefois semblé relancer l'expansion des évaluations boursières.

Le niveau d'incertitude élevé a poussé la Fed à mettre fin plus tôt que prévu à sa politique de normalisation des taux d'intérêt, indique un rapport de recherche publié cette semaine par la firme d'investissement Mirabaud.

« Le pire trimestre en 80 ans a été suivi du meilleur premier trimestre en plus de 20 ans », souligne Eterna Groupe financier dans sa lettre financière publiée cette semaine.

« Ce sont les sociétés oeuvrant dans le secteur de la santé [largement dominé par les sociétés de cannabis] et des technologies de l'information qui ont volé la vedette. »

Les experts chez Mirabaud croient maintenant que les rendements seront « faibles » après le rebond des évaluations boursières.

« Une augmentation supplémentaire des valorisations étant désormais limitée, une poursuite de l'évolution positive des marchés dépendra principalement d'une remontée des indices des directeurs d'achats et des attentes de bénéfices pour les 12 prochains mois. »

Selon Eterna, la faiblesse des taux d'intérêt devrait se poursuivre encore un certain temps et les titres à dividendes devraient enregistrer des performances intéressantes dans ce contexte.

« L'évaluation du marché canadien nous semble raisonnable, celui-ci se transigeant à fort escompte par rapport au marché américain. Malgré le fait que nous profitions des hausses récentes des marchés pour réduire nos pondérations en actions, nous croyons que la Bourse canadienne pourrait représenter une opportunité à long terme si les prix du pétrole canadien se maintiennent près des prix du West Texas Intermediate. »

Les étoiles boursières de l'indice S&P/TSX en 2019

• Hexo + 90 %

• Ero Copper + 82 %

• Aurora Cannabis +7 %

• TransAlta + 69 %

• Canopy Growth + 64 %

Les cancres boursiers de l'indice S&P/TSX en 2019

• SNC-Lavalin - 25 %

• Cascades - 22 %

• OceanaGold - 20 %

• Uni-Sélect - 20 %

• Iamgold - 18 %