Le patron de la Fed Jerome Powell a fortement revigoré les marchés vendredi en assurant que la Banque centrale serait « patiente » sur les taux d'intérêt et en réaffirmant avec force l'indépendance de l'institution.

Mis à jour le 4 janv. 2019
VIRGINIE MONTET AGENCE FRANCE-PRESSE

Lors d'une conférence à Atlanta (Géorgie), M. Powell a affirmé que face à l'inflation modeste et aux « inquiétudes » des marchés vis-à-vis d'un ralentissement économique, la Fed serait « patiente en évaluant comment l'économie évolue ».

« La politique monétaire n'est pas sur une trajectoire pré-établie », a-t-il ajouté alors que les projections moyennes de la Banque centrale prévoient pour l'instant deux hausses des taux d'un quart de point de pourcentage en 2019.

« Nous sommes toujours préparés à changer le cours de notre politique monétaire de façon significative si nécessaire », a poursuivi le président de la banque centrale.

Dans le sillage de ces déclarations, Wall Street, qui avait ouvert vendredi dans le vert après de bons chiffres américains de l'emploi, a nettement accentué sa hausse à la clôture. Le Dow Jones a terminé sur un bond de 3,27 % et le NASDAQ, à forte coloration technologique, a gagné 4,26 %.

Les Bourses européennes ont aussi été ragaillardies par ces propos, terminant en nette hausse.

M. Powell « a dit exactement ce que le marché voulait entendre », a résumé Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services.

Le patron de la Fed a relevé que les données économiques récentes « restaient solides », soulignant les fortes créations d'emplois encore annoncées vendredi (312 000) pour décembre, un sommet depuis dix mois, tandis que le taux de chômage reste sous les 4 %.

Le taux de sans-emploi est remonté à 3,9 % en décembre contre 3,7 % le mois précédent mais pour de bonnes raisons : davantage de chercheurs d'emplois (plus de 400 000) se sont présentés sur le marché du travail, dans un signe de confiance envers l'économie.

« Nous avons aussi des salaires qui continuent à augmenter graduellement ce qui est bienvenu et ce qui ne soulève pas d'inquiétude du côté de l'inflation », a encore indiqué M. Powell.

Le salaire horaire moyen a enregistré une hausse de 0,4 % en décembre, sa plus forte progression depuis août, et de 3,2 % sur un an.

Le président Trump s'est chaudement félicité vendredi des « formidables chiffres » de l'emploi qui « ont surpris beaucoup de gens » et qui « ont de toute évidence un fort impact sur les marchés boursiers ». « Cela a beaucoup à voir avec le retour des entreprises sur le territoire américain », a-t-il assuré.  

Plus tôt, M. Powell a néanmoins pris acte des « inquiétudes » des marchés alors que la Bourse de Wall Street s'est montrée hyper-nerveuse depuis quelques mois.

Il a attribué au ralentissement chinois, accentué par les tensions commerciales avec Washington, la récente baisse de la progression de l'activité manufacturière aux États-Unis qui fait craindre que la croissance américaine a atteint un pic.

Indépendance

Alors qu'il s'exprimait aux côtés de ses deux prédécesseurs, Janet Yellen et Ben Bernanke, Jerome Powell a aussi vigoureusement défendu l'indépendance de la Réserve fédérale, qui a été sous le feu des critiques du président Donald Trump.

« Non », a lancé sans hésitation Jerome Powell quand on lui a demandé s'il donnerait sa démission si le président des États-Unis le lui demandait.

M. Powell a été l'objet de très nombreuses attaques de la part de M. Trump qui lui reproche les hausses de taux d'intérêt (quatre en 2018).

L'hôte de la Maison-Blanche voit les relèvements monétaires comme une erreur nuisant à sa politique économique, un avis partagé par de nombreux investisseurs et économistes qui jugent que la Fed ne voit pas les signes de ralentissement que commence à donner la première économie mondiale.

M. Powell a précisé qu'aucune entrevue avec le président n'était prévue à ce stade, semblant démentir des informations de presse selon lesquelles les conseillers de Donald Trump tenteraient d'arranger un rendez-vous entre les deux hommes pour essayer d'apaiser les tensions.

Le patron de la Banque centrale en a profité pour rappeler que la Fed avait « une culture très solide pour agir de manière apolitique ».

Il a été immédiatement soutenu par Janet Yellen qui a dit craindre que les critiques du président Trump « ne minent la confiance » dans la Banque centrale.