Les difficultés de livraison associées à certains grands projets ferroviaires continuent de miner Bombardier. La multinationale québécoise a été plombée en Bourse, hier, après avoir ramené à la baisse ses prévisions de résultats financiers pour 2019 en raison de ces retards. Explications.

Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse

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Que s’est-il passé ?

Une semaine avant le dévoilement de ses résultats financiers du premier trimestre, prévu jeudi prochain, Bombardier a publié des « résultats préliminaires » abaissant de façon importante les prévisions qu’elle avait déjà exprimées pour l’ensemble de l’année 2019.

Ainsi, l’entreprise s’attend maintenant à des revenus de 17 milliards de dollars US en 2019, alors qu’elle croyait pouvoir en engranger 18. Le bénéfice d’exploitation, lui, devrait reculer de façon deux fois plus importante, toutes proportions gardées, en passant d’une fourchette de 1,65 à 1,80 milliard US à une autre comprise entre 1,5 et 1,65 milliard US.

Pour le premier trimestre, la nouvelle estimation de revenus de 3,5 milliards US est inférieure d’un peu plus de 500 millions US au consensus des analystes financiers. Son bénéfice d’exploitation et son utilisation des liquidités devraient aussi afficher d’importants reculs.

Qu’est-ce qui explique ces problèmes ?

Comme aux deux trimestres précédents, une poignée de contrats problématiques de la filiale Bombardier Transport, toujours les mêmes, cause beaucoup de soucis. Des problèmes techniques ont entraîné des retards de livraison. Ceux-ci mettent à mal les liquidités de Bombardier, qui reçoit une part majeure du paiement au moment de la livraison et voit entre-temps ses stocks gonfler, en plus de devoir investir pour corriger les problèmes.

« Nous avons constaté une accélération de cadence moins rapide qu’anticipé sur ces projets de Transport et, après évaluation avec nos clients, [le nouveau patron de la division Transport] Danny Di Perna et son équipe ont pris la décision de mieux synchroniser la production avec les livraisons, ce qui va nous permettre de gérer notre fonds de roulement et nos stocks de façon plus efficace », a expliqué hier un porte-parole, Simon Letendre, par courriel.

L’entreprise n’a pas voulu préciser à quels contrats elle faisait référence hier précisément, mais a déjà montré du doigt des projets en Suisse, en Allemagne, à Londres et à New York.

Dans une note à ses clients, l’analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, a indiqué avoir obtenu de la direction l’assurance que ces projets, déjà achevés à 80 %, seraient choses du passé après 2019.

Selon le Toronto Star, Bombardier et la Toronto Transit Commission (TTC) ont discrètement conclu en janvier dernier une entente mettant fin au litige qui les opposait en raison de multiples retards dans la livraison d’une importante commande de tramways. Le montant du règlement n’a pas été communiqué.

Y a-t-il aussi des problèmes avec les divisions aéronautiques ?

À plus court terme, les divisions Avions commerciaux et Avions d’affaires ont elles aussi livré moins d’avions que prévu au premier trimestre. Il s’agirait toutefois d’une situation ponctuelle, qui devrait être rattrapée dans les trimestres suivants.

Une partie importante des prévisions de croissance de Bombardier repose sur les ailes du Global 7500, son nouvel avion d’affaires haut de gamme, dont le premier exemplaire a été livré à la toute fin de 2018.

Bombardier a livré 24 avions d’affaires au premier trimestre, moins que prévu par les analystes, qui en envisageaient dans certains cas jusqu’à 34. Sur l’ensemble de l’année toutefois, ses prévisions de revenus et de marge bénéficiaire pour cette division demeurent inchangées, un signe encourageant.

Qu’en ont pensé les marchés financiers ?

Du mal, essentiellement. À Toronto, l’action de l’entreprise a reculé de jusqu’à 25 % en cours de journée avant de conclure à 2,48 $, en baisse de 15,1 %.

« L’entreprise avait travaillé fort pour rebâtir sa crédibilité depuis 2014, au moment où la nouvelle équipe de direction s’est lancée dans un plan de redressement de cinq ans, et, jusqu’aux résultats du 3e trimestre de l’an dernier, avait une bonne traction en atteignant ses cibles », a écrit M. Spracklin.

« Ce progrès a subi un premier recul avec des résultats décevants inattendus à l’automne et cet avertissement pourrait lui en faire faire un autre. Nous ne voyons pas comment elle pourrait rebondir rapidement au deuxième trimestre et, en conséquence, envisageons un contexte défavorable pour l’action pour le reste de l’année. »