Après quelques années d'un fort regain de prospérité, les marchés financiers et boursiers des économies émergentes font de nouveau face à un dur épisode de correction baissière.

Martin Vallières LA PRESSE

Après quelques années d'un fort regain de prospérité, les marchés financiers et boursiers des économies émergentes font de nouveau face à un dur épisode de correction baissière.

Des économies aussi variées que celles de l'Argentine, du Brésil, de la Russie, de l'Afrique du Sud, de la Turquie et même de la Chine sont aux prises avec la tourmente dans leurs marchés financiers. Et une défaveur croissante du point de vue des investisseurs internationaux, au point de pousser leurs principaux indices boursiers en phase de correction.

« Les économies émergentes, très dépendantes du commerce international, ont été affectées sérieusement au deuxième trimestre 2018 par le ralentissement de la croissance mondiale et l'impact des tensions commerciales », notent les économistes de la Banque Nationale dans leur plus récent Mensuel boursier, en septembre.

« Les volumes de leurs exportations ont diminué au rythme annualisé de 2 %. Et pour la première fois depuis 2016, les révisions de prévisions de bénéfices par les entreprises de ces économies émergentes sont devenues négatives. »

Parmi les investisseurs dans les marchés développés, aux États-Unis en particulier, le maintien d'un tel découplage par rapport aux marchés émergents suscite de plus en plus de doutes.

D'autant que les marchés émergents ont acquis la réputation au fil des ans de pouvoir servir d'indicateur de la conjoncture à venir dans l'économie mondiale et les marchés financiers.

Autrement dit : quel est le risque pour les marchés d'économies développées d'être « contaminés » par le revirement très négatif de conjoncture dans les marchés émergents ?

« Les tensions commerciales entre les États-Unis et leurs partenaires commerciaux (Canada, Chine, Europe), combinées aux difficultés des marchés émergents et à l'appréciation du dollar américain, nous incitent à maintenir notre position plus prudente recommandée depuis juin », écrivent les économistes et stratèges de marché de la Banque Nationale, dans leur plus récent Mensuel boursier.

CONTAGION ?

Chez la firme Canaccord Genuity, l'analyste principal des marchés nord-américains, Martin Roberge, préconise un attentisme prudent d'ici les élections de novembre au Congrès américain.

« Les indices boursiers nord-américains finiront-ils par céder à la contagion des marchés d'économies émergentes ? Comme nous l'avons vu tant de fois dans le passé ? », écrit-il dans son plus récent billet hebdomadaire à ses clients-investisseurs.

« Pour le moment, je ne m'y attends pas. Toutefois, je m'attends à ce que les marchés demeurent volatils et en tendance baissière jusqu'aux élections de mi-mandat en novembre. Si les démocrates prennent la Chambre des représentants, ça pourrait détendre un peu les tensions commerciales nuisibles aux marchés émergents. Entre-temps, je surveille les obligations et les devises des économies émergentes pour des signes de stabilisation, qui pourraient atténuer les pressions baissières dans les marchés nord-américains. »

Mais pour l'Américain Marvin Loh, stratège principal des marchés mondiaux chez le groupe financier Bank of New York Mellon, « la capacité des marchés développés à maintenir leur découplage avec la correction dans les marchés émergents repose désormais sur la continuité de tendances positives de croissance dans l'économie américaine et les profits des entreprises ».

« Nous verrons bientôt comment les profits des entreprises résistent aux effets de la guerre commerciale entre les États-Unis et ses principaux partenaires économiques », avertit M. Loh dans une récente note à ses clients-investisseurs.

« Entre-temps, les prix d'actifs dans les économies développées demeurent incroyablement élevés. À un moment donné, il faudra s'attendre à une correction. »

MERCREDI: LA CONSTRUCTION AUX ÉTATS-UNISLe marché de la construction et de la rénovation résidentielles est l'un des éléments fondamentaux de l'économie américaine. Or, les mises en chantier ont ralenti ces derniers mois, au-delà des attentes des économistes. S'agit-il d'un indice d'essoufflement économique ou d'un simple repli saisonnier ? Réponse mercredi, avec la publication des mises en chantier en août.

VENDREDI: OÙ EN EST L'INFLATION ?L'une des principales mesures de l'inflation dans l'économie canadienne, soit l'indice des prix à la consommation (IPC), sera mise à jour vendredi pour le mois d'août. Cette hausse de l'indice IPC sera-t-elle au-delà de celle de 2,7 % mesurée en juillet ? Celle-ci était déjà supérieure au niveau cible établi par la Banque du Canada pour sa prochaine décision de hausse de taux d'intérêt, attendue le mois prochain.

photo andrey rudakov, archives bloomberg

Des économies aussi variées que celle de l'Argentine et du Brésil, de la Russie, de l'Afrique du Sud, de la Turquie et même de la Chine sont aux prises avec la tourmente dans leurs marchés financiers.

infographie la presse

L'indice boursier mondial des économies émergentes compilé par l'agence d'informations financières Thomson Reuters est en correction de presque 20 % depuis le sommet historique de janvier dernier.