Le britannique London Stock Exchange (LSE) et l'allemand Deutsche Börse ont annoncé mardi des discussions en vue d'une possible «fusion entre égaux», qui créerait le numéro un européen de la Bourse devant Euronext.

Publié le 23 févr. 2016
Patrice NOVOTNY avec Benoît TOUSSAINT à Francfort AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette annonce surprise a stimulé les investisseurs et l'action du LSE bondissait de 12,54% à 26,03 livres à la Bourse de Londres à 15h30 GMT (10h30 à Montréal), le titre de Deutsche Börse grimpant dans le même temps de 4,61% à 79,86 euros à la Bourse de Francfort.

«Les conseils d'administration du LSE et de Deutsche Börse confirment tenir des discussions approfondies à propos d'une fusion entre égaux de leurs activités», ont expliqué les deux groupes dans des communiqués distincts, publiés au moment où «des spéculations» agitaient déjà leurs titres sur les marchés.

Il s'agirait d'une fusion réalisée intégralement en actions avec la création d'une nouvelle société. Les actionnaires de LSE détiendraient 45,6% de la nouvelle entité et ceux de Deutsche Börse une majorité de 54,4%.

Le LSE est notamment l'opérateur des Bourses de Londres et Milan et gère de surcroît la société d'investissement et d'indices américaine Russell Investments, tandis que Deutsche Börse possède la Bourse de Francfort, ainsi que la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream et la plateforme de produits dérivés Eurex.

Les deux entreprises ont assuré qu'un rapprochement leur permettrait de se renforcer mutuellement en créant «un groupe leader d'infrastructures de marché basé en Europe».

Installé à Eschborn (ouest de l'Allemagne), Deutsche Börse a échoué dans le passé à fusionner avec NYSE Euronext, qui opère côté américain la Bourse de New York et côté européen les places de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne.

La Commission européenne, gardienne de la concurrence en Europe, avait mis son veto en février 2012 à ce projet, estimant que cette fusion aurait créé une situation de quasi-monopole sur le marché international des produits financiers dérivés européens. Cette décision a été confirmée début 2015 par la justice européenne après un recours de Deutsche Börse.

Renforcer l'implantation internationale

Empêché de célébrer cette union, le groupe n'avait plus tenté de grosses acquisitions ces dernières années et s'était tourné vers l'Asie, où il a multiplié les partenariats avec des opérateurs locaux.

Sous la houlette de son nouveau patron Carsten Kengeter, arrivé aux commandes en mai, Deutsche Börse est toutefois reparti à l'offensive en Europe et s'est lancé dans un plan stratégique destiné à augmenter d'un tiers ventes et bénéfices d'ici 2018, avec quelques emplettes l'an dernier dans le marché des changes et les indices.

Du côté du LSE, la principale acquisition récente est sans conteste celle de Russell Investments pour 2,7 milliards de dollars annoncée en juin 2014, bien que le groupe ait cédé par la suite l'activité de gestion d'actifs de Russell jugée non stratégique. Comme Deutsche Börse, le LSE, dirigé depuis 2009 par le Français Xavier Rolet et déjà pan-européen, est aussi présent dans l'activité de compensation, via sa filiale LCH.Clearnet.

«Il y aurait certainement de gros avantages avec ce projet. À l'heure actuelle, chacun essaie de renforcer son implantation internationale. Je comprends la philosophie, mais il va toutefois falloir surmonter d'importantes différences culturelles», a expliqué à l'AFP Robert Halver, chef de la recherche de marché chez Baader Bank.

«Je pense que ce rapprochement aurait de meilleures chances d'aboutir que le projet d'alliance avorté entre Deutsche Börse et NYSE Euronext. Il est question ici d'un projet intraeuropéen. On a l'habitude de travailler ensemble et ce projet serait plus facile à mener», a-t-il ajouté.

L'avenir européen du Royaume-Uni est incertain, à quatre mois d'un référendum sur le maintien ou non du pays dans l'Union européenne.

Les deux groupes ont toutefois pris soin de préciser, comme il est de rigueur, qu'il n'était pas sûr que leurs discussions débouchent sur une transaction. En vertu de la réglementation, Deutsche Börse, qui serait officiellement acquéreur de LSE, a jusqu'au 22 mars pour déposer une offre formelle.