De nombreux secteurs d'investissement ont été malmenés dans les derniers mois. Au Canada, on note l'énergie et les matériaux, entre autres, où les sous-indices boursiers ont plongé de plus de 20% en 2015. Mais aussi les banques, dont certaines se sont dépréciées de plus de 10% durant cette période. Cela crée-t-il de bonnes occasions?

Publié le 16 févr. 2016
Jean Gagnon LA PRESSE

CORRÉLATION

La plupart des secteurs malmenés depuis un an ou deux l'ont été pour la même raison, soit la chute des prix des matières premières et surtout celui du pétrole. « Et la reprise en Bourse de ces secteurs ne surviendra que lorsque ces prix se seront à tout le moins stabilisés et montreront des signes de reprise », explique Stéphane Rochon, directeur de la recherche à BMO Nesbitt Burns. À cause de développements technologiques (sables bitumineux, pétrole de schiste), le secteur du pétroledoit composer avec une offre trop grande. 

PETITE HISTOIRE

Le S & P/TSX a perdu 13 % en 2015, alors que le S & P 500 aux États-Unis a terminé l'année à peu près là où il l'avait commencée. Or, c'était la cinquième année consécutive que la Bourse canadienne était la perdante. Et jamais n'a-t-elle sous-performé par rapport à sa rivale américaine plus de cinq ans de suite, rappelle Guy Côté, gestionnaire de portefeuilles à la Financière Banque Nationale. « Beaucoup de valeur s'est créée dans ces secteurs mal-aimés durant les dernières années », dit-il. On peut maintenant en profiter, mais en misant sur les titres de bonne qualité, insiste Guy Côté.

LES PAYS ÉMERGENTS

Les Bourses des pays émergents ont été parmi les plus malmenées au cours des dernières années. Mais la plupart des experts demeurent hésitants à s'y aventurer. « Il est très difficile de prévoir quand une embellie économique se produira et que ce sera le bon moment pour investir dans les pays émergents », dit Daniel Chartier, gestionnaire de portefeuilles chez Valeurs mobilières Desjardins. De plus, le Brésil demeure la grande inconnue, selon Guy Côté. « L'année 2016 sera marquée par beaucoup de volatilité dans les pays émergents. Le marché boursier canadien est plus attrayant actuellement que celui des pays émergents », dit-il.

LES BANQUES CANADIENNES

Les banques représentent l'un des secteurs préférés des investisseurs canadiens en raison des dividendes qu'elles versent, mais les institutions canadiennes se sont fortement dépréciées en 2015. 

« [Les banques] sont victimes de l'effet domino causé par la chute du prix du pétrole. »

- Stéphane Rochon, directeur de la recherche à BMO Nesbitt Burns

La déroute du secteur pétrolier a un impact important sur l'ensemble de l'économie canadienne, et les banques en souffrent. « Mais au niveau actuel, le rendement en fonction du risque devient de plus en plus attrayant », dit-il. Depuis quatre ans, Stéphane Rochon avait surtout favorisé les banques américaines. « Mais là, c'est en train de changer », admet-il.

LES PÉTROLIÈRES

La correction des titres du secteur a été très forte, mais il faut vraiment croire que le prix du pétrole s'est stabilisé pour s'y risquer, estime Stéphane Rochon. Une telle chute du prix du pétrole cache peut-être quelque chose d'autre, suggère Daniel Chartier. « Peut-être allons-nous basculer vers d'autres types d'énergie qui feront que l'investissement dans le secteur pétrolier ne sera plus jamais comme avant », dit-il. Si vous désirez absolument tenter votre chance sur un retour en force de ce secteur, il suggère d'acheter les titres des grandes sociétés intégrées où le risque est mieux diversifié.

SON ADN D'INVESTISSEUR

Afin de déterminer si l'on doit tenter de profiter des secteurs qui ont été malmenés, il faut se demander si cela correspond à son ADN d'investisseur, explique Daniel Chartier. La rotation entre les secteurs est un style de gestion certainement intéressant pour beaucoup, mais qui ne convient pas nécessairement à tous. « Tout découle de la démarcation entre les besoins de l'investisseur et son profil psychologique devant les risques du marché, dit-il. Pour bâtir le portefeuille adéquat, il faut garder le juste équilibre entre objectifs et profil de risque. »

NOURRIR LE FEU

Au lieu de rechercher dans les secteurs malmenés l'étincelle qui viendra relancer le portefeuille, il est souvent préférable de nourrir le feu, explique Daniel Chartier. Il croit que, pour beaucoup, la stratégie à privilégier est plutôt d'ajouter aux positions ou aux secteurs que l'on détient lorsque ceux-ci sont fortement corrigés. Il donne l'exemple de Wal-Mart pour les fervents de ce secteur. La société a fait des ajustements afin de se positionner pour le commerce en ligne. Le titre en a souffert et se retrouve bien en dessous de son sommet. Cela crée une bonne occasion d'ajouter à la position pour ceux, bien sûr, qui aiment ce titre.