L'économie canadienne au bord d'une récession. Le krach pétrolier menace la solvabilité de leurs clients dans l'Ouest canadien. Et la faiblesse persistante des taux d'intérêt qui nuit à la rentabilité de leurs énormes portefeuilles de prêts.

Mis à jour le 24 août 2015
Martin Vallières LA PRESSE

À n'en plus douter, de gros nuages s'avancent au-dessus du paysage d'affaires des banques canadiennes, après quelques années de résultats avantageux par rapport à ceux de leurs semblables américaines et européennes.

C'est dans ce contexte pour le moins tendu qu'elles annonceront cette semaine les résultats financiers de leur troisième trimestre, clos le 31 juillet.

En Bourse, cependant, les investisseurs ont déjà exprimé leur malaise envers les banques canadiennes en laissant choir leurs actions depuis quelques semaines. Principal baromètre de ce sentiment négatif, l'indice sectoriel du secteur financier à la Bourse de Toronto a reculé de 8% depuis trois mois.

Pourtant, de l'avis d'analystes, les résultats du troisième trimestre devraient encore être avantageux. Ils anticipent des revenus en hausse moyenne de 2% et des bénéfices nets (après ajustement des inhabituels) en hausse moyenne de 1,2%.

Pour l'analyste Robert Sedran, spécialiste du secteur financier chez Marchés mondiaux CIBC, cette «résilience» des résultats des banques au troisième trimestre malgré le contexte négatif n'est pas vraiment surprenante.

«Peu importe les prévisions quant au prix du pétrole et l'état de l'économie canadienne, il y a toujours une période de latence avant de voir les conséquences se matérialiser sur les résultats des banques», écrit-il dans un récent rapport d'analyste trimestrielle exhaustif.

Néanmoins, Robert Sedran prévient que les malaises économiques pourraient commencer à peser sur les prochains résultats bancaires, en faisant augmenter les pertes sur prêts et en freinant davantage la croissance de leurs revenus.

De l'avis d'analystes, les résultats des principales banques canadiennes pour leur troisième trimestre devraient encore s'afficher en légère progression, avec peu d'impact jusqu'à maintenant de la quasi-récession de l'économie canadienne et du krach pétrolier parmi leur clientèle dans l'Ouest. (Voir tableau ci-haut)

Défaveur en Bourse

Au-delà des résultats de troisième trimestre, attendus cette semaine, les investisseurs se préoccupent davantage des perspectives défavorables des banques à moyen terme. D'où le décrochage de 8% du secteur financier à la Bourse de Toronto depuis trois mois.

Les principales préoccupations? L'état de quasi-récession de l'économie canadienne et l'impact du krach pétrolier sur la rentabilité de leurs activités dans l'Ouest.

Les banques québécoises s'en tirent bien

De l'avis des analystes, les deux banques québécoises, la Nationale et la Laurentienne, devraient afficher des résultats encore en progression par rapport à la moyenne de leurs concurrentes torontoises.

À la Banque Nationale, on s'attend à un modeste rebond des résultats des activités au détail (particuliers et PME) après la faiblesse constatée au trimestre précédent. Une croissance continue est attendue aussi dans les résultats des activités de gestion d'avoirs des particuliers, qui pourraient compenser les résultats moindres dans les activités de marchés des capitaux.

À la Laurentienne, les analystes surveillent surtout les résultats de la division B2B de services bancaires aux professionnels de l'assurance et des services d'épargne-placement.

CE QU'EN DISENT LES ANALYSTES

«Même si les résultats courants des banques s'avéraient plutôt stables, nous anticipons des vents contraires à moyen terme avec une croissance ralentie des prêts, la pression négative sur leur marge nette d'intérêt et un rendement de leur capital inférieur à leur moyenne historique. Aussi, l'impact du krach pétrolier commencera à se faire sentir sur leurs portefeuilles de prêts.»

- Doug Young, analyste chez Valeurs mobilières Desjardins

«Les attentes de bénéfices des banques ne reflètent pas encore les coûts des provisions pour pertes sur prêts qui s'élèveront si la récession encore "technique" au Canada devenait une vraie récession. Ces attentes pourraient se détériorer.»

- Peter Routledge, analyste à la Financière Banque Nationale

RÉSULTATS BANCAIRES ATTENDUS AU 3e TRIMESTRE

Banque (date d'annonce) / Revenus (sur un an) / Bénéfice net (sur un an) / Bénéfice net par action (sur un an) / Dividende trimestriel

BMO (mardi 25 août) / 4,58 milliards (+8%) / 1,12 milliard (-3%) / 1,73$ (inchangé) / inchangé

RBC (mercredi 26 août) / 9,06 milliards (+1%) / 2,43 milliards (+4%) / 1,67$ (+3%) / +3%

Nationale (mercredi 26 août) / 1,48 milliard (+2%) / 396 millions (-3%) / 1,19$ (-1%) / inchangé

TD (jeudi 27 aout) / 7,38 milliards (-1,6%) / 2,18 milliards (+3%) / 1,18$ (+2%) / inchangé

CIBC (jeudi 27 août) / 3,55 milliards (+6%) / 920 millions (+4%) / 2,31$ (+3,7%) / +2%

Scotia (vendredi 28 août) / 6,2 milliards (-4%) / 1,78 milliard (-4%) / 1,46$ (-4%) / +3%

Laurentienne (mercredi 2 sept.) / 226 millions (+3%) / 41,8 millions (+7,7%) / 1,43$ (+6%) / inchangé

Variation moyenne sur un an / +2% / +1,2% / +1,3% / s.o.

Sources: Compilation des prévisions d'analystes de Bloomberg, rapports d'analystes