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Wall Street attend de pied ferme le chinois Alibaba

L'introduction en Bourse d'Alibaba est présentée comme devant... (PHOTO MIKE CLARKE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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L'introduction en Bourse d'Alibaba est présentée comme devant être l'une des plus grosses de l'histoire, avec une collecte de fonds attendue au moins du même ordre de grandeur que celle du réseau social Facebook. Ce dernier avait récolté 16 milliards de dollars en mai 2012.

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Sophie ESTIENNE
Agence France-Presse
NEW YORK

Wall Street se prépare à des débuts en fanfare pour le géant chinois du commerce en ligne Alibaba, qui pourrait réaliser dans la semaine la plus grosse introduction en Bourse de l'histoire.

Le titre «BABA» devrait faire ses premiers pas sur le New York Stock Exchange en fin de semaine.

La date exacte ne sera confirmée qu'à la dernière minute, tout comme le cours d'introduction. Les 60 à 66 dollars prévus pour l'instant laissent espérer une collecte de fonds d'entre 19,2 et 24,3 milliards.

Le record mondial de 22,1 milliards, enregistré en 2010 par la banque chinoise AgBank sur les places de Hong-Kong et Shanghai, est donc à portée de main. A fortiori si le prix final s'avère au-dessus de la fourchette actuelle, une hypothèse envisagée sérieusement par les observateurs.

Vers un prix plus élevé?

Le prix d'introduction envisagé pour l'instant donne en effet à Alibaba une valorisation totale d'entre 147,9 et 162,7 milliards de dollars seulement. Or certains analystes évaluent le groupe à 200 milliards, voire davantage.

Beaucoup s'attendent à un relèvement du prix d'introduction, à l'image de Gregori Volokhine, gérant de portefeuille chez Meeschaert Financial Services.

Au départ, «ils ont avancé prudemment, car c'était très difficile de savoir à l'avance quel serait l'appétit des investisseurs institutionnels américains», explique-t-il à l'AFP.

Tout énorme qu'il soit, Alibaba reste peu connu en dehors de son pays d'origine, où il réalise 85 % de son chiffre d'affaires. En outre, les grands fonds américains réalisent beaucoup de placements en se basant sur la composition d'un indice, souvent le S&P 500 des grandes entreprises actives aux États-Unis que vu sa structure Alibaba n'intégrera pas.

L'autre facteur de prudence selon M. Volkhine était le précédent créé par Facebook, qui a «échaudé» beaucoup d'acteurs du marché.

Le réseau social avait été en 2012 la dernière méga-entrée en Bourse d'une valeur internet à New York. Elle avait mal tourné, avec une première cotation affligée de problèmes techniques et un effondrement quasi-immédiat du cours.

Les banquiers chargés d'Alibaba doivent donc jouer sur du velours pour lever un maximum d'argent tout en conservant de la marge pour un «pop» du cours de l'action le premier jour, synonyme de succès.

Cela semble bien parti vu l'intérêt suscité par le «roadshow», la tournée de présentation précédant traditionnellement l'entrée en Bourse. À l'étape new-yorkaise, les télévisions financières américaines ont montré des investisseurs faisant la queue pour rentrer. Les médias évoquent désormais une demande de titres bien supérieure à l'offre.

«Quand les investisseurs voient de la croissance, ils s'enthousiasment, même si c'est une société chinoise», commente Kelland Willis, une analyste du cabinet de recherche Forrester.

Elle cite en exemple la progression «phénoménale» de JD.com, le premier concurrent d'Alibaba en Chine, dont l'action a gagné quelque 150 % depuis son introduction à Wall Street fin mai.

Comme JD.com, Alibaba offre une chance de profiter de l'essor de la consommation en Chine, tandis que sa croissance et sa rentabilité très élevées font saliver les investisseurs.

Onde de choc

Les géants américains du commerce en ligne devraient-ils s'inquiéter?

«Alibaba ne devrait pas influencer de manière importante les ventes d'Amazon ou eBay dans un avenir proche», prédit Kelland Willis.

Les États-Unis sont «un marché mature, où les habitudes des consommateurs sont bien enracinées», et il faudra plusieurs années ou «une acquisition massive» pour rattraper les acteurs établis, juge-t-elle.

Les effets secondaires pourraient davantage se faire ressentir sur le marché lui-même, vu l'ampleur de l'opération.

«Il faut trouver l'argent quelque part», souligne M. Volokhine. «Ça peut provoquer des prises de profits sur les sociétés concurrentes pour dégager les fonds.»

Les investisseurs pourraient par exemple remplacer Amazon par Alibaba dans une partie de leur portefeuille.

Yahoo!, grand actionnaire d'Alibaba, risque aussi d'être affecté si les investisseurs préfèrent désormais acheter directement des titres du groupe chinois.

Mais le groupe internet américain encaissera des milliards de dollars grâce à l'entrée en Bourse, dont l'utilisation sera très surveillée.




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