La publication des minutes de la réunion de janvier de la Réserve fédérale américaine (Fed) a freiné l'élan boursier pendant quelques jours la semaine dernière. Cette semaine, ce sont les tergiversations des politiciens entourant la question du séquestre qui pourraient déstabiliser les marchés.

Publié le 25 févr. 2013
Jean Gagnon., collaboration spéciale LA PRESSE

L'incapacité du Congrès, toujours à majorité républicaine, d'en venir à une entente budgétaire acceptable pour la Maison-Blanche forcerait ce que l'on a convenu d'appeler le séquestre, soit la mise en place automatique de coupes budgétaires dès vendredi, le 1er mars. Ces coupes totaliseront 85 milliards pour l'ensemble de l'année. Comme il est prévu que le séquestre aura un impact négatif important sur le taux de croissance économique, sonnera-t-il le glas de la hausse boursière qui se poursuit depuis que l'on a évité le précipice fiscal le 31 décembre?

«Bien que l'on puisse assister à quelques feux d'artifice sur les marchés au cours des prochains jours, on fait l'hypothèse que cela va se régler», répond Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef à l'Industrielle Alliance. Le président Obama a placé un républicain, Chuck Hagel, comme secrétaire au département de la Défense, un geste qui pourrait faciliter les compromis à venir entre démocrates et républicains, croit M. Gignac, qui a lui-même vécu une immersion politique au sein du gouvernement du Québec de 2009 à 2012.

Les marchés sont de plus en plus désensibilisés à tout ce battage politique, croit Pierre Lapointe, stratège chez Pavilion Global Markets. Le Congrès a trois options devant lui. Annuler le séquestre, ce qui est peu probable mais pas impossible, le reporter ou l'appliquer. «Même si l'on choisissait de l'appliquer, les marchés feraient peu de vague, car les cours boursiers se sont déjà ajustés à cette éventualité», dit-il.

Par ailleurs, la dissension entre les membres de la Fed quant au risque que comportent ses programmes d'assouplissement quantitatif mis à jour par la publication des minutes de sa dernière réunion pourrait rendre les marchés plus nerveux, craint Clément Gignac. La prochaine réunion de la Fed se tiendra les 19 et 20 mars.

Et l'or?

Le prix de l'once d'or a chuté sous la barre des 1600$ la semaine dernière, et les perspectives demeurent plutôt négatives, s'il faut en croire les experts consultés par La Presse Affaires. «Le prochain niveau de support important se situe à 1525$, et les quelques prochains mois seront difficiles», affirme Larry Berman, co-fondateur de ETF Capital Management, et spécialiste de l'analyse technique.

Le problème entourant le prix de l'or, c'est qu'il est corrélé négativement au dollar américain, et que les perspectives pour celui-ci sont maintenant nettement meilleures. «L'or va bien quand le dollar américain a de la difficulté, et ce n'est pas le cas présentement», explique John Goldsmith, gestionnaire de portefeuille chez Montrusco Bolton.

Certaines économies importantes semblent s'engager dans un processus de dévaluation compétitive. Le nouveau gouvernement japonais l'a laissé savoir clairement, et le yen est en chute libre depuis un mois. Les pays de la zone euro souhaiteront aussi voir l'euro faiblir afin de stimuler leurs exportations et ainsi s'extirper de la récession dans laquelle ils se retrouvent depuis plus d'un an. «Tout cela favorisera le dollar américain», dit M. Goldsmith.

L'or sert de refuge lorsque le système financier et les économies vont vraiment mal, ajoute Clément Gignac. «Si vous êtes optimiste quant à une reprise économique d'envergure aux États-Unis, vous devez vous attendre à une baisse du prix de l'or», dit-il. Jusqu'où? Dans 18 mois, le prix de l'once d'or sera plus près de 1350$ que de 1800$, selon l'économiste en chef de l'Industrielle Alliance.

Le paradoxe italien

Quinze mois après sa démission, Silvio Berlusconi tente un retour en force lors des élections parlementaires qui se tiennent en Italie aujourd'hui et demain.

Promettant de mettre fin au programme d'austérité mis en place par son successeur Mario Monti, une victoire de son parti aurait comme effet certain de terroriser les marchés financiers. Mais paradoxalement, ce scénario du pire pourrait être la meilleure chose qui pourrait arriver pour l'Italie, explique Antonio Guglielmi, analyste chez Mediobanca S.p.A, lors d'une entrevue à Bloomberg. Mediobanca est la plus importante banque d'affaires italienne dont les actions se négocient en Bourse.

Une victoire de Berlusconi ferait bondir les taux des obligations italiennes et fournirait l'excuse parfaite pour demander un plan de sauvetage à la Banque centrale européenne. «Cela serait la meilleure façon de soustraire l'Italie à son problème d'endettement qui est devenu insoutenable», dit M. Guglielmi.

Selon Bloomberg, les derniers sondages permis deux semaines avant l'élection plaçaient la coalition de Berlusconi en deuxième place avec 27,8% des intentions de vote, cinq points derrière celle de Pier Luigi Bersani. Le groupe de Mario Monti recevait 13,4% du support de l'électorat.