Plus de 45 milliards en capitalisation boursière parmi une dizaine d'entreprises.

Martin Vallières LA PRESSE

Et quelque 51 milliards en revenus annuels pour des entreprises dont les sièges sociaux sont à Montréal.

À n'en pas douter, les transports pèsent lourd dans l'empreinte de Québec Inc. en Bourse.

>> Voyez notre tableau sur Le Québec inc. des transports en Bourse

Pour les investisseurs, cependant, évaluer l'attrait de l'une ou l'autre de ces entreprises s'avère un défi considérable par les temps qui courent.

À preuve, leur performance boursière depuis le début de l'année demeure très éparpillée en plus et en moins, montre un relevé de La Presse Affaires.

Le secteur des transports a néanmoins la réputation d'être un baromètre de l'économie réelle, excluant les marchés financiers.

Pas étonnant alors que les doutes envers un autre ralentissement de l'économie mondiale, peut-être même d'une récession en Europe et en Amérique du Nord, ternissent la perception des investisseurs envers le secteur des transports.

Cela dit, tout n'est pas embrouillé.

Pendant que des transporteurs aériens comme Air Canada et Transat A.T. font du rase-mottes en Bourse, d'autres entreprises se démarquent à contrecourant du marché baissier.

À commencer par le géant du rail, le Canadien National (CN), dont la performance d'exploitation continue d'être une référence dans le secteur ferroviaire en Amérique du Nord.

Ses actions sont en hausse de 10 % cette année, ce qui a encore gonflé sa capitalisation aux environs de 32 milliards.

Certes, les analystes s'attendent à ce que les prochains résultats trimestriels du CN, prévus le 25 octobre, traduisent une croissance ralentie par la conjoncture économique.

Pas de gros ressac, cependant.

«Les volumes de marchandises demeurent solides au CN en dépit des manchettes économiques négatives», soulignait Benoît Poirier, analyste des transports chez Valeurs mobilières Desjardins, dans une récente note à ses clients-investisseurs.

Les analystes partagent aussi un sentiment favorable envers un autre gros transporteur terrestre dirigé de Montréal : l'entreprise de camionnage TransForce.

Au fil d'acquisitions et d'expansion, TransForce continue de croître à plus de 10 % au-delà des deux milliards de revenus, un seuil franchi l'an dernier. Sa rentabilité se maintient avantageusement aussi malgré la conjoncture incertaine.

Cependant, ces attributs n'ont pas suffi à isoler les actions de TransForce de la méfiance des investisseurs envers les transporteurs.

De l'avis d'analystes, leur recul de 15 % en Bourse depuis le début de l'année aurait créé une occasion d'achat.

«Avec le succès de ces récentes acquisitions, TransForce conserve un solide potentiel de croissance continue de ses profits», indiquait Turan Quettawala, analyste des transports chez Capitaux Scotia, après ses résultats du deuxième trimestre.

Ailleurs dans le Québec Inc. des transports, des entreprises telles que Hélicoptères Canadiens (CHL) gagnent aussi en estime parmi les analystes et les investisseurs.

Sa valeur boursière s'est accrue d'un tiers depuis le début de l'année, attisée notamment par son rendement en dividende (4,7 %).

Mais surtout, selon les analystes, CHL grandit allègrement vers les 250 millions de revenus avec des acquisitions et des contrats à l'étranger, en plus d'un marché dynamique au Canada grâce au boom des ressources naturelles.

Autre exemple de titre québécois de croissance dans les transports : Héroux-Devtek, un fournisseur de trains d'atterrissage et de pièces de structure d'avions.

L'entreprise se rapproche des 400 millions de revenus avec des acquisitions ciblées, tout en diversifiant ses contrats parmi différents programmes des constructeurs d'avions.

Les analystes notent aussi favorablement Héroux-Devtek pour son maintien d'une bonne marge bénéficiaire malgré le stress économique ambiant.

«Pour les investisseurs, Héroux-Devtek représente un moyen intéressant de se positionner pour la reprise d'un cycle positif en aviation», a noté l'analyste Benoît Poirier dans un récent avis.

Ailleurs en aéronautique, le fabricant de simulateurs CAE fait partie des titres jugés les plus prometteurs par les analystes.

D'autant plus que sa valeur boursière a subi l'impact négatif de ses récents résultats trimestriels, un peu inférieurs aux attentes.

Pourtant, avec un carnet de commandes record de 3,5 milliards, CAE est en bonne voie d'atteindre les deux milliards de revenus d'ici deux ans.

De l'avis d'analystes, CAE gère bien sa croissance malgré l'étendue mondiale de ses activités. Pour la rentabilité, d'une part, mais aussi pour sa diversification entre l'aviation civile et militaire.

Les avis d'analystes sont plus mitigés envers un autre pilier de l'aéronautique au Québec : Bombardier.

Pour certains, le recul de sa valeur boursière cette année en fait une occasion d'achat opportuniste. Ils citent ses résultats financiers encore bons malgré le ralentissement des ventes d'avions, alors que le carnet de commandes du secteur ferroviaire demeure bien garni.

«Les investisseurs orientés vers la valeur pourraient être récompensés à moyen terme», estime Cameroun Doerksen, analyste des transports à la Financière Banque Nationale.

En contrepartie, des analystes se méfient du risque de dégradation accentuée des résultats de la division aéronautique de Bombardier.

Cette méfiance se traduit en Bourse. Avec ses actions autour de 4 $, les investisseurs n'accordent presque pas de valeur à l'aviation chez Bombardier, observait récemment l'analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins.

Cette méfiance durera tant que Bombardier n'aura pas confirmé la rentabilité de ses prochains avions, les biréactés transcontinentaux CSeries, comme des successeurs adéquats des biréactés régionaux CRJ qui sont en fin de vie.

Cette transition durera quelques années, durant lesquelles Bombardier redeviendra une entreprise tirant la majorité de ses revenus des transporteurs ferroviaires de passagers.

C'est un secteur moins prestigieux que l'aviation, certes, mais dont les résultats plus prévisibles sont rassurants pour ses actionnaires.

«Avec un solide carnet de commandes de 34 milliards US, Bombardier Transport demeure en position de force pour résister aux efforts des concurrents pour lui ravir des contrats», selon l'analyste Turan Quettawala, de Capitaux Scotia.