Le moment est crucial pour les actions des compagnies d'assurances canadiennes. La chute précipitée des derniers mois les a ramenées au même niveau qu'à l'été 2010. Réussiront-elles à freiner ce mouvement avant que l'on ne revoit le creux de mars 2009?

J. Gagnon LA PRESSE

Les compagnies d'assurances prospèrent lorsque les Bourses montent et que les taux d'intérêt à long terme sont élevés. Mais lorsqu'elles font face à la situation inverse, et qu'elles sont attaquées sur les deux fronts à la fois, les bénéfices chutent rapidement.

Or, depuis le mois d'août, les Bourses ont perdu plus de 15%. Et comme si cela n'était pas suffisant, voilà que la Réserve fédérale américaine (Fed) leur assène un autre coup en annonçant l'opération Twist.

Cette opération consistera à vendre des obligations à court terme afin d'acheter celles à long terme. Ces transactions de la Fed pourraient totaliser jusqu'à 400 milliards US.

L'annonce de cette opération a fait chuter instantanément les taux à long terme qui étaient pourtant déjà très bas. Le taux sur les obligations à long terme du gouvernement américain est passé de 3,21% à 2,78%. Rappelons qu'il était à 4,27% en juillet. Le message de la Fed est clair. Elle veut maintenir les taux à long terme le plus bas possible, et ce, pour un bon moment.

Le taux des obligations canadiennes à long terme a aussi été emporté vers le bas. Il a touché 2,67% le 23 septembre. En avril, il était à 3,86%.

Le test

Après avoir chuté de 25% à 30% au cours des deux derniers mois, les titres de Manuvie [[|ticker sym='T.MFC'|]] et de l'Industrielle Alliance [[|ticker sym='T.IAG'|]] se retrouvent de nouveau à leur niveau de l'été 2010, soit approximativement 11$ pour Manuvie, et 30$ pour l'Industrielle Alliance.

«Ce sont des niveaux de support critiques», croit Dennis Mark, analyste technique à la Financière Banque Nationale. Les investisseurs devront manifester leur présence bientôt aux cours actuels, sinon un recul additionnel d'au moins 10% à 20% se produira, selon lui.

Toutefois, l'action de l'Industrielle Alliance semble moins vulnérable que celle de Manuvie étant donné que le titre de l'assureur québécois a conservé une plus grande partie des gains réalisés depuis le creux de mars 2009, ajoute l'analyste.

Chute des bénéfices

Les compagnies d'assurances canadiennes terminent leur troisième trimestre le 30 septembre. Le consensus des analystes prévoit que les bénéfices de Manuvie pour le trimestre seront de 18 cents par action, alors qu'il y a à peine un mois, ces mêmes analystes prévoyaient 30 cents.

Au début du trimestre, ils espéraient encore des bénéfices de plus de 50 cents. Les résultats seront annoncés durant la dernière semaine d'octobre.

Ce qui inquiète les investisseurs, c'est qu'une chute prononcée des bénéfices risque de forcer une fois de plus les assureurs à lever de nouveaux capitaux, comme ils avaient dû le faire en 2009.

«Heureusement, l'Industrielle Alliance a procédé récemment à une levée de capitaux», se réjouit Christian Godin, gestionnaire de portefeuilles chez Montrusco Bolton. Le 12 septembre, la Caisse de dépôt et placement du Québec achetait un bloc de 6 millions de nouvelles actions de l'assureur québécois pour 200 millions de dollars, soit l'équivalent de 33,30$ par action.

Mais cette injection de capital sera-t-elle suffisante? Deux semaines après l'annonce de la transaction, le titre peine à se maintenir au-dessus de 30$. Tout dépendra probablement du niveau où s'arrêteront la chute des Bourses et la baisse des taux de long terme.

Entre-temps, l'industrie tente de combler ses déficiences de rendement en augmentant les prix auxquels elle émet les nouvelles polices d'assurance, explique M. Godin. «Manuvie vient de procéder à une hausse de 10% après avoir déjà augmenté ses prix de 10 à 15% au printemps», dit-il.