Les actionnaires de l'opérateur de la Bourse de Toronto, première place mondiale pour le secteur minier, doivent faire cette semaine un choix difficile: accepter l'offre de mariage avec le London Stock Exchange ou se jeter dans les bras d'un prétendant local.

Guillaume Lavallée AGENCE FRANCE-PRESSE

Le LSE et le consortium Maple offrent chacun environ 3,8 milliards de dollars américains pour mettre la main sur la société TMX, opérateur des Bourses de Toronto et Montréal, spécialisée dans les produits dérivés.

La Bourse de Londres, dont la majeure partie de l'offre amicale consiste en un échange d'actions, souhaite créer un géant mondial du secteur boursier afin de concurrencer le projet de fusion entre Deutsche Börse et NYSE Euronext.

Maple, formé de 13 institutions financières et fonds de pension canadiens, est né d'une volonté de couper l'herbe sous le pied du LSE pour maintenir les principales places boursières canadiennes dans le pays.

Des cabinets indépendants de conseils aux actionnaires, dont les très influents ISS, Glass Lewis et PIRC, ont recommandé de dire «oui» à l'offre de la LSE. Le patron du LSE, Xavier Rolet, a affirmé que le TMX était à la croisée des chemins entre l'internationalisation et le «repli sur soi».

«En quoi le fait de vouloir développer soi-même sa Bourse relève-t-il du repliement sur soi et d'une attitude protectionniste?» s'est interrogé l'influent financier canadien Stephen Jarislowsky, qui appuie Maple.

Deux projets, deux visions et maintenant un choix. «Il n'y a pas vraiment de consensus. Il y a des actionnaires influents qui se sont prononcés des deux côtés», explique à l'AFP Mathieu Roy de Placements Louisbourg.

Les actionnaires de TMX ont jusqu'à mardi en mi-journée pour transmettre leur vote pour ou contre le projet de fusion avec la LSE, avant l'assemblée spéciale prévue jeudi matin.

L'offre du LSE doit recevoir les deux-tiers des appuis, alors que celle de Maple est conditionnelle au rejet de la proposition londonienne et au dépôt de 70% des actions.

«Le LSE doit se rendre à 66% des votes. Ca me semble un chiffre difficile à atteindre.... Mais je n'ai pas le sentiment clair qu'une offre est favorisée par rapport à l'autre», ajoute M. Roy, dont la firme, actionnaire de TMX, se range du côté du consortium canadien.

L'offre de Maple suscite des craintes quant à l'endettement de la société rachetée et au respect des lois anti-monopole, car le consortium promet de racheter aussi Alpha Group, société offrant un système de négociation des titres parallèle à celui de Toronto, et la chambre de compensation CDS, pour donner naissance à un champion national.

Le projet conjoint de LSE-TMX est confronté à des doutes sur le «niveau réel de synergie et les «risques réglementaires». Les deux sociétés doivent en effet faire la preuve qu'elles apportent un «bénéfice» à l'économie du pays, comme le prévoit la loi sur les investissements étrangers, et recevoir le feu vert des autorités des marchés financiers du Québec et de l'Ontario.

Or, des responsables politiques de ces provinces ont fait des commentaires publics en faveur du consortium Maple.

Le destin de LSE est suspendu à ce vote. Un échec de la transaction avec TMX serait un camouflet pour le patron de la Bourse de Londres, le Français Xavier Rolet, qui a en pris les rênes fin 2009, et s'est immédiatement lancé dans une stratégie d'acquisitions. Il mettrait la vénérable Bourse londonienne à la merci d'une tentative de rachat.

Le LSE a repoussé au cours de la dernière décennie plusieurs offres d'acquisition hostiles émanant de Deutsche Börse, Euronext, la banque Macquarie et le NASDAQ.

«Nous pensons plus probable que (les actionnaires du) TMX rejettent l'offre de LSE et que le LSE soit approché amicalement par le NASDAQ», soutient dans une note aux marchés la firme UBS.