De passage à la chambre de commerce de Montréal, hier, les patrons des Bourses de Londres et de Toronto ont voulu se faire rassurants sur la continuité des activités de la Bourse de Montréal avec leur projet de fusion transatlantique.

Martin Vallières LA PRESSE

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Dans son créneau des produits dérivés, «la Bourse de Montréal a créé une plateforme de calibre mondial, mais qui reste encore limitée au marché canadien. N'est-il pas temps d'étendre ses ailes vers le marché international?», a demandé Xavier Rolet, chef de la direction de la Bourse de Londres (LSE).

Juste avant, son vis-à-vis Thomas Kloet, du groupe TMX de Toronto qui chapeaute les Bourses de Toronto et de Montréal, a réitéré l'intention de la future société regroupée (LTMX) de faire de la Bourse de Montréal son pôle principal de gestion et de développement des produits dérivés.

«Nous avons l'intention d'être des créateurs d'emplois dans le secteur financier à Montréal, pas des éliminateurs d'emplois», a insisté M. Rolet devant un auditoire de dizaines de gens d'affaires et de financiers montréalais.

«C'est un sujet extrêmement important pour l'économie de Montréal, en particulier pour le développement des produits dérivés dans le secteur financier», a commenté Michel Leblanc, président de la chambre de commerce.

Par ailleurs, le patron de LSE a profité de sa tribune montréalaise pour critiquer vivement l'offre concurrente pour TMX qui est menée par le consortium Maple formé de 13 des plus importantes entreprises financières au Canada.

«C'est un projet qui se nourrit de peurs, d'appréhensions et de retranchement sur une base nationale et régionale, sans aucune ambition internationale», selon M. Rolet.

En contraste, une fusion entre LSE et TMX représente «un projet d'internationalisation, un projet d'affaires solide» qui procurera de nouvelles occasions de développement et de croissance pour la Bourse de Montréal.

Xavier Rolet et Thomas Kloet ont repris cet argument de «potentiel international» pour la Bourse de Montréal au cours d'un point de presse.

«Il y a maintenant deux projets fondamentalement différents en ce qui concerne les intérêts de la Bourse de Montréal», a expliqué M. Rolet.

D'un côté, le projet Maple vise à «la maintenir telle qu'elle est au Canada alors que le reste du monde boursier croît beaucoup plus vite et qu'il y a des occasions très attrayantes».

De l'autre côté, «notre projet entre LSE et TMX représente une occasion de capturer une partie de cette croissance du marché boursier mondial et d'en diriger une grande partie vers la Bourse de Montréal», selon M. Rolet.

«Regardez comment la Bourse de Londres est devenue la plus importante d'Europe, a poursuivi le chef de la direction de LSE. C'est le genre d'opportunité que l'on propose à la Bourse de Montréal dans les produits dérivés. Une affiliation avec Londres lui donnerait accès à une gamme de produits indiciels d'Europe, d'Amérique du Sud et même de Chine qu'elle pourrait ensuite offrir en primeur aux investisseurs nord-américains.»

«C'est ça, l'internationalisation d'une place financière. Et ce n'est très certainement pas dans le projet de Maple», a indiqué M. Rolet.

Mais avant de réaliser de telles ambitions pour la Bourse de Montréal, le projet de fusion entre LSE et TMX devra traverser des étapes réglementaires incontournables.

La plus immédiate sera le vote de leurs actionnaires lors d'assemblées extraordinaires qui auront lieu le 30 juin à Toronto et à Londres.

Hier, Xavier Rolet et Thomas Kloet ont refusé de «spéculer» sur la possibilité de bonifier leur proposition aux actionnaires.

Le chef de la direction de TMX a admis toutefois qu'il devait «continuer de discuter avec nos actionnaires» afin de s'assurer d'un vote positif au minimum requis des deux tiers.

«Ça serait vraiment dommage que nous perdions cette occasion de développer nos activités au niveau international avec LSE», a dit M. Kloet.

Quant aux révisions en cours par diverses instances réglementaires, dont l'AMF au Québec, Xavier Rolet s'est dit «confiant envers l'intégrité et l'indépendance» de ces organismes malgré les commentaires de certains dirigeants politiques.

Mardi, le premier ministre du Québec, Jean Charest, avait déclaré sa préférence pour l'offre de Maple.

En Ontario, le ministre des Finances, Dwight Duncan, a déjà critiqué ce projet LSE-TMX en raison du risque de perte pour la grappe financière de Toronto.