Le premier ministre Jean Charest devrait torpiller la commission Bastarache, selon la chef péquiste Pauline Marois.

Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

Elle estime que cette commission n'a plus aucune crédibilité, ni raison d'être, depuis que son président, le juge Michel Bastarache, a choisi de ne pas entendre l'opposition officielle, formée par le Parti québécois (PQ).

«Nous demandons que M. Charest mette fin à cette comédie d'erreurs», en mettant la clé dans la porte de la commission, a dit Mme Marois, vendredi, en point de presse, devant le parlement.

Elle a soutenu que sa formation politique avait agi «de façon très honnête et de bonne foi» en déposant une demande de témoigner devant la commission. Comme cette requête a été refusée, il est temps de mettre fin à la farce, selon elle.

«Nous avons voulu y être. Nous pensions que c'était légitime, c'était fondé, et Me Bastarache en a décidé autrement», a-t-elle ajouté, déplorant qu'aucun des intervenants invités à témoigner devant la commission ne viendrait faire contrepoids aux arguments du gouvernement.

Jour après jour, la légitimité de la commission, chargée de faire la lumière sur les allégations de trafic d'influence dans la nomination des juges proférées par l'ex-ministre de la Justice Marc Bellemare, ne cesse d'être mise en doute.

Le ras-le-bol de Mme Marois fait écho aux nombreuses critiques entendues ces dernières semaines, notamment des autres partis d'opposition.

La veille, le chef de l'Action démocratique, Gérard Deltell, revendiquait que les travaux de la commission soient suspendus, le temps qu'on examine plutôt la question en commission parlementaire.

Mercredi, le député de Mercier, porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, disait quant à lui en être rendu à considérer que l'exercice était futile.

Malgré cela, le gouvernement n'a pas l'intention de céder aux pressions.

Le porte-parole du gouvernement dans ce dossier, le ministre Claude Béchard, a dit vendredi, lors d'un entretien téléphonique, que le véritable problème des péquistes c'est «qu'ils n'ont jamais vraiment voulu être entendus» par la commission.

Il réfute donc tous les arguments de Mme Marois, en estimant que de toute façon, en vertu de n'importe quel scénario, son parti aurait pris «tous les moyens pour ne pas y aller».

Et non seulement M. Béchard refuse de blâmer le président de la commission, pour son choix de ne pas entendre l'opposition officielle, mais juge-t-il que c'était le seul à sa disposition dans les circonstances.

Car pour mener à bien son mandat, Me Bastarache doit rester sur le terrain juridique et éviter le champ miné de la politique, a-t-il fait valoir.

«Son rôle, à la limite, c'est d'être carrément, peut-être, bête politiquement, mais ultra-compétent au niveau juridique», selon lui.

Il en va de sa crédibilité, plaide M. Béchard.

Si l'opposition officielle s'est vue refuser le privilège de témoigner, ce ne fut pas le cas du gouvernement, qui y sera représenté, tout comme le premier ministre Charest et le Parti libéral du Québec (PLQ).

Les témoins doivent être entendus à compter de la mi-août.

Le premier ministre Charest avait mis sur pied la commission quand l'ex-ministre Marc Bellemare, en poste à la Justice entre 2003 et 2004, avait affirmé avoir subi des pressions de collecteurs de fonds du PLQ pour favoriser certaines nominations de juges.

M. Bellemare a dit quant à lui qu'il refuserait de se prêter au jeu et de témoigner devant la commission Bastarache.