Des sondages dévastateurs, la multiplication des mécontents et la confiance ébranlée à l'égard du gouvernement et du leadership de Jean Charest: on se prépare, à Québec, à abattre une carte importante avec un remaniement ministériel après la session parlementaire, en juin.

Denis Lessard LA PRESSE

Selon les informations que La Presse a colligées de plusieurs sources libérales, il est acquis que M. Charest voudra brasser les cartes avant la Saint-Jean, après l'ajournement de l'Assemblée nationale, fixée au 11 juin avec le nouveau calendrier parlementaire. À quelques semaines de l'opération, les signaux n'ont pas encore été donnés, toutefois; M. Charest «n'a pas la tête à ça», il doit composer avec une situation toute particulière, qui l'atteint profondément. L'état de santé de son ministre et ami Claude Béchard tarde à s'améliorer -les deux hommes se parlent plusieurs fois par semaine.

Aussi, son père, Red, désormais octogénaire, est dans une résidence pour personnes âgées à Sherbrooke. Il s'y rend fréquemment. Mais une nouvelle donne dans les responsabilités politiques se devra d'être ce «geste fort» destiné à secouer la torpeur qui frappe depuis des semaines le gouvernement libéral.

Depuis l'automne, l'équipe Charest est littéralement assiégée par les controverses sur la construction, les permis de garderie, le financement du PLQ et, plus récemment, les nominations partisanes à la magistrature.

Dans l'équipe actuelle de 25 ministres, quelques-uns seulement sont assurés de rester au même poste. Raymond Bachand et Clément Gignac sont dans des ministères taillés sur mesure. On indique aussi que Monique Gagnon-Tremblay demeurera au Trésor, qu'elle a exigé après le départ de Monique Jérôme-Forget.

Aux Transports, Julie Boulet vient d'entreprendre un baroud d'honneur en se colletant avec le maire Gérald Tremblay à propos de l'échangeur Turcot. Elle ne sera pas longtemps responsable du dossier, à sa grande satisfaction. Populaire dans sa région, elle restera au Conseil des ministres.

C'est moins certain pour son ministre délégué aux Transports, Norman MacMillan, qui a mis le gouvernement dans l'embarras avec quelques bourdes: il a indiqué que chaque ministre avait une cible de financement de 100 000$ et admis avoir parlé à Marc Bellemare de la candidature à la magistrature du fils d'un important organisateur libéral de l'Outaouais. Fier, le fidèle guerrier de Jean Charest a répété à qui voulait l'entendre, en conseil général la fin de semaine dernière, qu'il n'avait jamais demandé à être ministre, et qu'il avait été bien heureux dans d'autres fonctions, comme whip -préfet de discipline- du caucus.

En difficulté

Un autre ministre est en difficulté: Tony Tomassi, député efficace, n'a pu répliquer aux attaques quotidiennes du Parti québécois sur l'attribution des permis de garderie. Son père, Donato, organisateur important de la communauté italienne, pèse lourd au PLQ, mais cela risque de ne pas être suffisant.

Nicole Ménard, dans Laporte, a aussi déçu au Tourisme, dit-on. Jacques Dupuis dit à ses amis qu'il en est à son dernier mandat - il vient d'acheter une résidence secondaire en Mauricie. Des libéraux soulignent que son attitude belliqueuse met souvent le feu aux débats en Chambre.

Le ton y a clairement dégénéré depuis le début de l'année parce que l'opposition péquiste est excitée par la multiplication des controverses. M. Dupuis a déjà, dans le passé, cédé ses fonctions de leader à Jean-Marc Fournier. Certains pensent que l'avocat Pierre Moreau pourrait changer l'atmosphère pour le mieux. Parmi les «anciens jeunes loups» élus en 2003, un autre nom revient souvent: celui d'Alain Paquet, dont le principal handicap consiste à être de Laval, où règne déjà Michelle Courchesne.

À Québec, on parle de Michel Pigeon, ancien recteur de l'Université Laval, si Jean Charest résiste à la tentation de réduire la taille de son Conseil des ministres, geste toujours possible pour incarner l'austérité budgétaire. M. Charest a déjà une décision délicate à prendre sur l'avenir politique de Claude Béchard. Une autre l'attend avec celui d'Yves Bolduc, qu'il a recruté spécialement pour le ministère de la Santé. Le médecin, souvent nerveux à la période des questions, pourrait être appelé à relever «de nouveaux défis».

Dans ce cas, une femme prendrait sa place, Line Beauchamp ou Michelle Courchesne. Mme Beauchamp a, comme Nathalie Normandeau, refusé le poste après le départ de Philippe Couillard. S'il menace de claquer la porte, M. Bolduc pourrait sauver sa tête -au plus bas dans les sondages, le gouvernement n'a pas le coeur aux élections complémentaires, même dans un comté libéral comme Jean-Talon.

Tensions

Après l'élection de 2007, M. Charest a opté pour la parité entre hommes et femmes. Des tensions sont devenues évidentes entre certaines ministres; Line Beauchamp et Nathalie Normandeau se sont affrontées derrière des portes closes il y a quelques semaines dans le dossier du Plan Nord. Un autre bras de fer se dessine pour savoir qui mettra la main sur les restes de l'Agence d'efficacité énergétique, qui disparaîtra dans un an -un budget d'une soixantaine de millions payés par Hydro-Québec et les gazières. Les relations ne sont pas bonnes non plus entre Christine St-Pierre et Yolande James, qui veulent prendre l'avant-scène dans les dossiers d'accommodements raisonnables. On a finalement donné le ballon à Kathleen Weil, qui a eu à parrainer le projet de loi. Les responsabilités bien semblables de Marguerite Blais (Aînés) et Lise Thériault (déléguée aux Services sociaux) sont aussi source de tensions.