L'ex-statisticien en chef du Canada, Munir Sheikh, a démissionné la semaine dernière pour que le public sache que Statistique Canada n'appuyait pas la décision du gouvernement Harper sur le recensement.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

Au cours d'un témoignage émotif devant un comité parlementaire de l'industrie, mardi matin, M. Sheikh a expliqué les raisons qui l'ont emmené à quitter son poste et à écrire une lettre publique sur le site web de l'agence pour dénoncer les changements apportés à la collecte d'information lors du prochain recensement.

En tant que fonctionnaire, «mon travail était de donner les meilleurs conseil possibles au gouvernement, a expliqué M. Sheikh. Le gouvernement a le droit de prendre la décision qu'il veut sur la politique qui devrait être mise en oeuvre. Je pourrais avoir une opinion différente de celle du gouvernement mais il était de ma responsabilité de respecter cette décision.»

«La raison pour laquelle j'ai démissionné est à cause de certains reportages publiés dans les médias, à l'effet que Statistique Canada ne faisait pas que mettre en oeuvre la décision du gouvernement, mais qu'elle avait recommandé qu'ils soient faits», a cependant précisé le statisticien.

«L'optique qu'il y avait cette perception que Statistique Canada appuyait une décision que la plupart des statisticiens n'appuieraient pas... Ça semait un doute sur l'intégrité de l'Agence et comme tête dirigeante, je n'aurais pas pu survivre dans ce travail.»

Munir Sheikh, a réitéré sa position, à l'effet que les changements aux questionnaires du prochain recensement risquaient de mettre en péril la fiabilité des données recueillies.

Il y a un mois, le gouvernement Harper a annoncé en catimini sa décision de remplacer le formulaire long et obligatoire du recensement par un formulaire beaucoup plus court. Le formulaire long sera toujours envoyé et dans un nombre accru de ménages canadiens, mais plus personne ne sera contraint de le remplir.  

Ottawa justifie sa décision par un désir de trouver un équilibre entre le besoin de recueillir des données et celui de ne pas empiéter sur la vie privée des Canadiens. Les troupes de Stephen Harper dénoncent en outre la disposition de la loi qui permet au fédéral d'emprisonner ceux qui ne rempliraient pas le questionnaire.

Le prédécesseur de Munir Sheikh à la barre de Statistique Canada, Ivan Fellegi, a déclaré lors de son témoignage mardi qu'au meilleur de sa connaissance, personne n'avait jamais été emprisonné au pays pour cette raison.  

M. Fellegi a par ailleurs endossé les recommandations faites lundi par le Conseil national de la Statistique, de rétablir le formulaire long à tout le moins pour le recensement de 2011, mais d'abolir le pouvoir d'emprisonner ceux qui refusent d'y répondre.

Mais lors de sa comparution avant les deux statisticiens, le ministre de l'Industrie, Tony Clement, a remis en doute l'efficacité d'imposer une telle obligation, sans réelle conséquence pour les fautifs.

Le comité permanent de l'Industrie de la Chambre des communes poursuit sa réunion spéciale cet après-midi, avec les témoignages de la Commissaire à la protection de la vie privée, entre autres, et de la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.