Les Québécois sont disposés à payer pour être soignés, affirme Mario Dumont, qui a enfourché hier l'un de ses plus anciens chevaux de bataille. S'il est élu, il mettra fin à un système de santé public universel qu'il dit responsable de «souffrances» et de «perte de dignité humaine».

Martin Croteau
Martin Croteau LA PRESSE

«Les gens sont prêts à payer pour se donner accès à certains soins de santé, a-t-il soutenu devant un hôpital de Trois-Rivières. Ils ne sont plus prêts à ce qu'on leur prenne des impôts pour aller rajouter des millions, des milliards dans un panier percé pour faire un peu plus de ce qui ne marche pas.»Alors que Jean Charest et Pauline Marois se sont mutuellement blâmés pour les déboires du système public ces derniers jours, Mario Dumont les renvoie dos à dos. Ni l'un ni l'autre n'a de solution nouvelle à proposer, dit-il, si ce n'est d'engloutir des millions de dollars de plus dans un système qui ne fonctionne pas.

«Vous avez deux partis qui peuvent débattre longtemps de qui a fait plus de dommages, a raillé M. Dumont. Mais aujourd'hui, ils n'ont rien à offrir de différent que ce qui n'a pas marché malgré des investissements financiers colossaux.»

Les libéraux ont été élus en 2003 sur la promesse de réduire l'engorgement dans les hôpitaux, rappelle-t-il. Mais cinq ans plus tard, la situation est pire encore. L'ADQ calcule que le nombre de personnes en attente de chirurgie au-delà du délai médicalement acceptable a grimpé de 14% dans la dernière année.

Le gouvernement fait d'ailleurs preuve d'hypocrisie à l'égard du privé en santé, dénonce Mario Dumont, car la médecine à deux vitesses existe déjà. Mais les seuls à en profiter sont «des gens très riches» et les «joueurs du Canadien».

Voilà pourquoi il croit la province mûre pour un changement de cap. «On a vécu le rêve de l'accessibilité gratuite. Mais aujourd'hui, c'est devenu blocage, souffrance, impossibilité d'avoir des soins, perte de dignité humaine dans les corridors.»

Système mixte

L'ADQ veut permettre aux médecins de pratiquer à la fois dans le privé et le public. Le parti croit ainsi réduire l'engorgement des cliniques et des hôpitaux. Actuellement, ceux qui veulent soigner des patients au privé doivent se retirer de la Régie d'assurance maladie du Québec.

Pour éviter un exode massif vers le privé, l'ADQ obligerait les médecins à pratiquer exclusivement dans le public pendant leurs trois premières années. Une fois ce délai passé, ils devraient encore soigner un minimum de patients dans le réseau public.

«L'objectif, c'est de maintenir le volume de pratique du système public à son niveau actuel», a assuré le porte-parole du parti en matière de santé, Éric Caire.

Un gouvernement adéquiste réformerait aussi le financement des établissements de santé et réduirait le nombre d'agences de santé. Il paierait aussi des soins privés aux patients qui attendent au-delà du seuil médicalement acceptable dans les hôpitaux.

L'ADQ avait déjà proposé ces mesures dans un projet de loi déposé à l'Assemblée nationale plus tôt cette année, avec l'aval des médecins omnipraticiens, des spécialistes et des résidents.

De passage à Saint-Cyrille-de-Wendover, Mario Dumont a visité la coopérative de santé Robert-Verrier, où plus de 3000 membres ont investi 50$ pour construire le bâtiment et payer les coûts d'opération. Le succès de cette formule démontre que les Québécois sont prêts à débourser pour recevoir des soins.

Mais ni les directeurs de la coopérative ni la clientèle ne se sont montrés très ouverts au recours au privé prôné par l'ADQ. L'un des administrateurs, Jean-Guy Dubé, a affirmé que les médecins qui pratiquent dans le public devraient y rester.