La Cour d'appel du Québec autorise le dépôt d'une action collective contre l'entreprise Merck Canada visant à indemniser les hommes qui auraient souffert d'effets secondaires persistants après avoir consommé les médicaments Propecia et Proscar pour traiter leur calvitie.

Mis à jour le 27 juill. 2018
Fanny Lévesque LA PRESSE

L'action autorisée concerne tous les hommes ayant subi des effets secondaires persistants, comme des dysfonctions érectiles, des troubles éjaculatoires ou des douleurs aux testicules, après l'usage de l'un ou l'autre de ces médicaments prescrits par un médecin pour traiter « de la calvitie commune » avant le 18 novembre 2011.

Dans sa décision rendue hier, la Cour d'appel du Québec invalide ainsi le rejet par la Cour supérieure, en décembre 2016, de la première tentative de faire autoriser l'action collective soumise par le cabinet Trudel Johnston & Lespérance. En donnant son feu vert, le tribunal a notamment restreint le groupe admissible à l'action à ceux pour qui les effets ont « persisté ».

Le statut de représentant dans cette affaire revient à Camilo Baratto, qui a pris du Proscar pour traiter sa calvitie en octobre 2008, pendant une période d'un mois. Ce médicament servait à l'origine au traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate, mais il contient du finastéride, tout comme le Propecia, utilisé pour la calvitie. C'est cette substance qui serait à l'origine des effets secondaires.

Comme prescrit par son médecin, il coupe en quatre les comprimés de Proscar pour obtenir des doses de 1,25 mg de finastéride, ce qui se rapproche de la dose contenue dans le Propecia. Les deux produits sont commercialisés au pays par Merck Canada et Merck Frosst Canada, et sont uniquement vendus sur ordonnance.

M. Baratto a cessé son traitement après avoir commencé à ressentir des effets secondaires « indésirables » comme une baisse de libido, des troubles éjaculatoires et érectiles, des douleurs aux testicules, de l'anxiété et des symptômes de dépression. À ce jour, l'homme affirme encore souffrir de « certains » de ces effets secondaires.

PLUS DE 100 000 $ RÉCLAMÉS EN DÉDOMMAGEMENT

Selon la poursuite, l'entreprise Merck Canada aurait « manqué à son devoir » en ne divulguant pas de « façon convenable les risques liés à la consommation de ces deux médicaments ». Bien que les monographies fassent une mention « explicite » des effets dont M. Baratto dit souffrir, elles n'indiqueraient pas que ceux-ci peuvent « persister » après la fin du traitement.

L'action collective vise donc notamment le dédommagement des utilisateurs qui ont souffert de ces effets secondaires d'une façon persistante. La poursuite demande 100 000 $ par personne en « compensation des dommages physiques et psychologiques subis ». Une somme de 10 000 $ par utilisateur est aussi réclamée à titre de dommages punitifs.

Des modifications aux monographies utilisées au Canada pour ces deux médicaments ont été apportées en 2011, peut-on lire dans la décision de la Cour d'appel.