Un homme qui a tué d’un coup de poing un ivrogne agressif afin de protéger sa femme pendant une partouze au Cinéma L’Amour en 2018 a été acquitté d’homicide involontaire mercredi. Victorio Reno Pereira a agi par légitime défense en assénant le coup mortel à la victime, a conclu la juge Flavia K. Longo.

Publié le 1er déc. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Les yeux fermés pendant toute la lecture du jugement, Victorio Reno Pereira s’est pris le visage avec les mains, visiblement bouleversé, lorsque son acquittement a été prononcé.

« Ce jugement est à propos d’une aventure sexuelle qui a viré à la tragédie et comment une vie précieuse a été perdue par un coup fatidique », a résumé la juge mercredi matin au palais de justice de Montréal.

Ce procès inusité était une véritable plongée dans l’univers des adeptes du Cinéma L’Amour, une institution montréalaise spécialisée dans les films pornographiques. Dans ce cinéma érotique, tout est permis, sauf la violence. Certains préfèrent regarder, alors que d’autres participent aux ébats sexuels.

Le soir du 25 juin 2018, Victorio Reno Pereira et sa femme participent à des ébats sexuels avec d’autres personnes consentantes. Tout se déroule bien jusqu’à ce que Juan Hernandez Cortez débarque et insiste pour toucher la femme de l’accusé. Alors que les autres hommes étaient « respectueux », M. Cortez, lui, se comportait comme « un mâle alpha avec son sexe exhibé », selon l’accusé.

Victorio Reno Pereira s’oppose à ce que l’intrus touche sa femme, mais ce dernier continue d’insister. Juan Hernandez Cortez pousse l’accusé, alors qu’il est en plein ébat avec sa femme. « No fucking, no sex », lance l’accusé. L’intrus empoigne alors la femme avec force.

Une bagarre éclate entre les deux hommes. Le dos contre le mur, Victorio Reno Pereira tente de remonter son pantalon, alors que la victime s’approche de lui, le poing serré. C’est dans cette position de vulnérabilité que Victorio Reno Pereira a donné un coup de poing à Juan Hernandez Cortez. Coup qui s’est avéré fatal pour l’homme de 59 ans qui s’est fracassé le crâne contre le sol.

Victorio Reno Pereira a témoigné avoir craint que sa femme soit agressée sexuellement par Juan Hernandez Cortez, agressif et fortement intoxiqué par l’alcool. Une version crédible, selon la juge Longo. « [L’accusé] avait subjectivement peur d’être frappé par M. Cortez, et que si cela se produisait, que sa femme serait violée », a-t-elle analysé.

Aux yeux de la juge, Victorio Reno Pereira n’a pas agi par vengeance, mais seulement pour se protéger et protéger sa femme. D’autre part, M. Cortez est le « seul responsable » de cette affaire, puisqu’il a amorcé la bagarre en frappant l’accusé. Il était de plus intoxiqué par l’alcool, avec un taux d’alcoolémie trois plus élevé que la limite permise pour conduire.

MJasmine Guillaume et Me Jérôme Laflamme ont représenté le ministère public. La défense était assurée par MJeffrey Boro et MVictoria Nix.