Un « menu » n’est pas qu’un simple menu de restaurant. Pour un tueur à gages, c’est une liste de cibles à assassiner. Dans un témoignage explosif, un tueur à gages de la mafia qui a retourné sa veste a raconté en détail les meurtres des frères Falduto et de Rocco Sollecito, tout en évoquant la « guerre » entre les clans calabrais et siciliens.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Témoin clé de la Couronne, l’assassin allégué des frères Falduto devenu agent civil d’infiltration (ACI) pour la Sûreté du Québec a amorcé son témoignage jeudi après-midi au procès de Marie-Josée Viau et de Guy Dion. Le couple de Saint-Jude est accusé de complot et de participation aux meurtres des frères Falduto, en juin 2016.

Après une heure à la barre, le tueur à gages s’excuse de parler trop vite. « Je suis un TDAH sévère », explique-t-il. Sur un débit extrêmement rapide, il enchaîne en détaillant la « guerre » entre les clans calabrais et siciliens de Montréal à l’époque.

Tout le monde s’entre-fusillait. Tout le monde avait de l’argent sur leur tête.

Le témoin, assassin allégué des frères Falduto

Il enchaîne les noms à la vitesse grand V : Leonardo Rizzuto, Stefano, Mario et Rocco Sollecito, Pietro D’Adamo, Del Balso, Marco Pizzi. « Spagnolo, le jeune, pas le monsieur. Le monsieur, c’est une erreur. Ces idiots-là… », ajoute-t-il.

Ces membres des clans siciliens se trouvaient sur les « menus » de leurs rivaux. Les frères Salvatore et Andrew Scoppa et Victor Mirarchi avaient d’ailleurs chacun leur « menu ». « Tout le monde avait les mêmes cibles, sauf à différents moments pour les faire assassiner », résume-t-il.

« Tony Mucci, un autre sur le menu à faire disparaître, éliminer, assassiner », renchérit le témoin. Et quand Victor Mirarchi sortirait de prison, « on aurait fait éliminer les frères Scoppa pour Victor », explique le témoin. C’est finalement l’homme surnommé « Brad Pitt » au procès qui a engagé un gars pour « péter Sal », dit-il.

Le plus « payant »

Comme tueur à gages, il parlait cependant avec les « deux équipes », tant les Siciliens que les Calabrais, précise-t-il. À l’époque, « Stefano » et « Leonardo » étaient « payants », mais le plus payant demeurait Rocco Sollecito. Combien pouvait-il recevoir pour cette « job » ? Trois cent mille dollars, plus 10 % des territoires, répond-il. « Mais ça n’a pas fini comme ça », lâche-t-il, amer.

L’assassinat de Rocco Sollecito s’est déroulé en pleine rue, à un arrêt routier. En quelques secondes, le témoin raconte au jury le meurtre et le rôle de chacun de ses complices, dont « Brad Pitt ». « Je tire deux coups, et je vide le chargeur sur Rocco Sollecito », résume-t-il. Plus tard, les deux hommes se rendent chez l’accusée Marie-Josée Viau pour brûler leur casque de moto.

On voit à la télé que Rocco est mort, on se fait des high fives. 

Le témoin

Selon le tueur à gages, Marie-Josée Viau les a aidés à se débarrasser de leurs vêtements. « Elle a aidé à mettre du gaz », dit-il. L’accusée était « ben relax, ben zen », ajoute-t-il. Le témoin et « Brad Pitt » rencontrent également Salvatore Scoppa dans un restaurant de Boisbriand. « Mauvaise nouvelle », ils ne reçoivent pas la somme promise pour le meurtre. « Je voulais pogner un couteau », raconte-t-il.

Ensuite, même s’il n’en avait pas envie, l’assassin est convaincu par « Brad Pitt » de tuer les frères Falduto. Le plan est de les attirer dans un « guet-apens » à la ferme des Viau-Dion, à Saint-Jude. Or, « rien n’est prêt » à son arrivée. Personne n’a étalé de plastique pour éviter les éclaboussures dans le garage, comme convenu. Marie-Josée Viau cache un « gun » dans des pneus, mais le témoin doit le changer de place.

Furieux

Le témoin raconte d’un trait les meurtres des frères Falduto. Une balle dans la tête pour abattre le premier dès sa sortie de l’auto. Des balles dans la main, le dos et la tête pour tuer le second frère. « Va chercher des guenilles », lance-t-il à son complice. Pendant les meurtres, Guy Dion coupe le gazon avec un tracteur, comme prévu, alors que Marie-Josée Viau est dans la maison, explique le témoin.

Le témoin est furieux. « Les frères ne méritaient pas ça. Tu as fait tirer les gars pour rien », reproche-t-il à son complice « Brad Pitt », en pleurs. Ce dernier avait par ailleurs une « taupe » dans un service de police, selon le témoin. Après le meurtre, l’ACI et son complice rejoignent Salvatore Scoppa, qui lui remet 30 000 $ pour les meurtres.

Motivation

Quand il a joint les policiers à la fin de l’année 2018, l’ACI vivait dans « la rue » et souffrait de « troubles psychologiques », dit-il. Mais sa motivation n’était pas de parler aux enquêteurs des meurtres ou de l’implication des accusés.

« C’était pour parler des gens qui m’ont agressé, séquestré, torturé sexuellement. Pour faire arrêter une couple de trottinettes – des motards, des Hells Angels –, des gens qui savaient et n’ont rien fait », explique-t-il. D’ailleurs, il a déjà été condamné à huit ans de pénitencier en 2010 pour avoir tiré « son violeur ». « Je l’ai tiré sur place après qu’il m’a agressé. Je me suis réveillé sur une chaise. […] Le gars m’a drogué », a-t-il dit.

Son témoignage se poursuit ce vendredi.