Si quelqu’un commençait à vider votre compte sans votre consentement, est-ce que votre banque réagirait ? Combien de temps lui faudrait-il pour bouger ? Un rapport d’experts déposé en cour critique sévèrement la Banque TD pour avoir « abdiqué ses responsabilités » en la matière dans le dossier de la mécène Phoebe Greenberg, dont les fonds ont été dilapidés.

Publié le 15 févr. 2021
Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

Phoebe Greenberg, patronne des arts et héritière de l’empire immobilier Minto, poursuit son ancienne assistante personnelle Sandra Testa, qu’elle accuse d’avoir détourné une quinzaine de millions de dollars de son argent entre 2016 et 2017.

La preuve exposée au procès démontre que plusieurs personnes ont bénéficié des sommes retirées par l’assistante, notamment des gens liés à la mafia, aux Hells Angels et au Gang de l’Ouest.

Sandra Testa dit que les dépenses et les retraits en argent ont été autorisés par son ex-patronne, ce que nie cette dernière.

Les avocats de Sandra Testa ont plaidé en cour que Mme Greenberg était « insouciante » et faisait preuve de « négligence » dans la gestion de sa fortune. Mais comment se fait-il que sa banque, elle, n’ait pas sonné l’alarme ?

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Phoebe Greenberg, mécène des arts et fondatrice du Centre Phi

Un rapport d’experts a été préparé par la firme d’avocats FFMP pour analyser la façon dont la Banque TD a réagi lorsque l’hémorragie a commencé. Le rapport, commandé par Mme Greenberg, était initialement couvert par une ordonnance de non-publication, mais le juge David R. Collier a récemment accepté de le rendre public.

La firme d’experts a remarqué un « manque remarquable de communications avec Phoebe Greenberg au sujet de ses comptes » à la Banque TD. Il est « difficile de comprendre » à quel point la banque se fiait uniquement aux affirmations de l’assistante personnelle Sandra Testa, sans chercher à corroborer ses dires auprès de sa patronne.

Sandra Testa a par ailleurs réussi à négocier un prêt de 7,5 millions de dollars auprès de la banque au nom du Centre Phi, organisme créé par Mme Greenberg pour encourager les arts à Montréal. Mme Testa n’avait pas de procuration écrite l’autorisant à négocier ce prêt, et la banque n’a pas vérifié auprès de Mme Greenberg si elle était d’accord pour emprunter autant, souligne le rapport.

« TD a abdiqué ses responsabilités envers sa cliente », déplorent les experts. Ils soulignent que la banque n’a pas remarqué le changement soudain dans les habitudes de retraits et de dépenses, n’a pas enquêté sur plusieurs transactions louches et n’a pas fait de vérifications sur les nombreux « drapeaux rouges » qui auraient dû l’alerter. La banque a laissé la situation perdurer.

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Sandra Testa, ancienne assistante personnelle de Phoebe Greenberg

Or, en comparaison, la Banque Royale a agi prestement lorsque des transactions louches ont été remarquées dans un compte que Sandra Testa détenait dans cette autre institution. Une semaine après avoir avisé Mme Testa que ses activités étaient suspectes, l’institution avait fermé le compte.

« Le contraste entre TD et la RBC dans la surveillance des activités des comptes de Sandra Testa est remarquable », souligne le rapport.

La Banque TD a refusé de discuter des détails de l’affaire avec La Presse. « Il s’agit d’un dossier que nous avons réglé en 2019 avec notre cliente. Nous avons des mesures strictes en vigueur que nous appliquons quotidiennement pour protéger notre clientèle, et nous prenons cette responsabilité extrêmement au sérieux », a déclaré Caroline Phémius, porte-parole de l’institution.

La preuve est close au procès et les parties attendent maintenant le jugement du juge.