Un ancien cadre de l’Université McGill a reconnu avoir détourné plus de 350 000 $ de son employeur pendant cinq ans pour rénover ses luxueuses résidences. Donald Garcia Nycklass a plaidé coupable à trois infractions pénales tout juste avant le début de la pandémie et risque maintenant la prison.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Promu directeur aux résidences, bâtiments et installations à l’Université McGill en 2015, le Montréalais de 40 ans avait toute la confiance de ses patrons après 10 ans au sein de l’établissement. Il gérait alors les finances de différents projets de construction et supervisait les entrepreneurs.

Mais entre 2013 et 2017, Donald Garcia Nycklass en a profité pour mettre la main sur 361 articles payés par l’Université. Meubles, tapis, vitraux, luminaires, appareils de ventilation : il a dépensé des fortunes en matériaux et objets de luxe pour rénover ses deux résidences qu’il détenait alors avec son ex-conjointe, dont une maison cossue de Laval évaluée à 785 000 $.

L’ingénieur de formation – radié en 2017 comme ingénieur junior – a réussi à détourner 371 509 $ en cinq ans grâce à une centaine de factures payées par l’Université pour son bénéfice personnel, selon le résumé des faits déposé en Cour du Québec le 10 mars dernier lors de sa reconnaissance de culpabilité.

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Donald Garcia Nycklass

Accusé l’automne dernier de plusieurs infractions en vertu de la Loi sur la taxe d’accise, soit la loi fédérale sur la TPS, et de la Loi sur les impôts, Donald Garcia Nycklass a plaidé coupable à trois chefs d’accusation assez techniques en vertu de ces lois. C’est une enquête de l’équipe de Revenu Québec au sein de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) qui a levé le voile sur ces malversations.

L’ex-cadre a ainsi reconnu avoir contribué à des « inscriptions fausses ou trompeuses » de 371 509 $ dans les registres de l’Université McGill. Ce faisant, McGill a pu réclamer des crédits de taxe sur les intrants et des remboursements de la taxe sur les intrants auxquels elle n’avait pas droit pour un montant de 15 564 $. Comme organisme public, l’Université McGill peut obtenir le remboursement d’un certain pourcentage de taxe sur ses achats.

Donald Garcia Nycklass a également admis avoir bénéficié d’un avantage imposable non déclaré de 323 000 $ pendant la période de son infraction. Il a aussi omis de déclarer plus de 100 000 $ de revenus en vertu de la Loi sur les impôts.

Une entente secrète

Les malversations de Donald Garcia Nycklass ont toutefois bien failli être passées sous silence, puisque l’ancien cadre s’était d’abord entendu en secret avec l’Université McGill pour rembourser plus de 200 000 $. L’Université s’engageait alors à déclarer que M. Nycklass avait « démissionné à des conditions satisfaisantes pour l’Université » si des questions étaient posées par un média ou en cas de demande de références.

Cette entente confidentielle signée en août 2017 a ensuite été modifiée dans les mois qui ont suivi, lorsque l’Université a découvert des « transactions irrégulières additionnelles » de 162 065 $. En vertu de cette entente, l’accusé s’engageait à démissionner et à vendre sa luxueuse résidence lavalloise. Il a été contraint de payer environ 370 000 $ à McGill en février 2019, selon des documents de cour.

Selon le résumé des faits présenté en mars dernier, un employé a dénoncé Donald Garcia Nycklass à la direction de McGill en juin 2017. L’Université a ensuite conclu dans une enquête interne que le cadre s’était « approprié indûment des fonds », ce qui a mené à l’entente confidentielle à l’été 2017.

Ce n’est qu’à l’hiver 2018 que le gérant de l’audit interne de McGill a déposé une plainte au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). L’UPAC a ensuite lancé une enquête en mai 2018 à la suite de la publication de reportages sur cette affaire. Revenu Québec s’est finalement joint à l’enquête à l’automne 2018, puisqu’il soupçonnait des infractions fiscales.