(Montréal) Donald Duguay a livré un témoignage « truffé de contradictions » et a démontré qu’il n’était pas crédible, a plaidé l’avocat de la défense, MMichel Massicotte, dans sa plaidoirie lors du procès d’Éric Salvail. Il a dépeint la présumée victime comme un homme narcissique qui a laissé transparaître sa « soif de publicité pour nourrir son ego ».

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Alors que le procès d’Éric Salvail est dans ses derniers milles avec les plaidoiries, l’avocat de l’ancien animateur, MMichel Massicotte, a tenté de miner la crédibilité de la présumée victime, Donald Duguay, mercredi, au palais de justice de Montréal.

« La crédibilité, le fait d’inventer des choses, est au centre de notre débat », a affirmé Me Massicotte au juge Alexandre Dalmau. D’après lui, les accusations portées à l’endroit de M. Salvail « sont totalement infondées ».

« Non seulement le témoignage de M. Duguay est invraisemblable, il est truffé de contradictions, d’exagérations et d’ajouts à ses versions antérieures », a affirmé MMassicotte.

Parmi les faits soutenus par M. Duguay que l’avocat de la défense a tenté de déboulonner, il y a les dates des évènements où M. Salvail l’aurait harcelé ou agressé sexuellement à Radio-Canada. À de nombreuses reprises, MMassicotte a dit que son client ne pouvait avoir été au cœur de tel ou tel incident en 1993, puisqu’il ne travaillait pas, ou peu, au service du courrier à ces dates.

La défense utilise entre autres comme preuve le dossier d’employé de l’ancien animateur. « Au moment où M. Duguay dit que M. Salvail aurait travaillé au courrier… M. Salvail ne travaillait pas au courrier ! », a lancé avec vigueur l’avocat, à propos d’un évènement précis évoqué par M. Duguay lors de son témoignage.

« Ça ne tient pas la route », a-t-il ajouté dans son envolée.

À ce sujet, le juge Dalmau a tout de même précisé qu’en droit, les dates ne sont pas nécessairement importantes. « Techniquement, on pourrait se tromper d’une année complète », a précisé le juge en donnant comme exemple une victime qui témoignerait des décennies après les évènements.

Il a aussi été longuement question de l’évènement dans des toilettes que la présumée victime a décrit comme celui où il a « échappé au viol de presque rien ». D’après ce qu’avait dit M. Duguay, l’ex-vedette était entrée dans des toilettes au sous-sol du diffuseur public et l’avait rejoint à l’urinoir pour lui montrer son sexe et lui demander de le toucher.

Encore là, MMassicotte a tenté de convaincre le juge que la présumée victime a livré un témoignage truffé de contradictions. Et lorsqu’il soulevait ces incohérences à M. Duguay, ce dernier se servait de son « syndrome post-traumatique » comme « bouée de sauvetage » pour notamment expliquer pourquoi il ne se souvenait pas de tel ou tel détail ou il ne disait pas la même chose que lors d’un précédent témoignage, a argumenté l’avocat de la défense. « Aucune preuve ne nous a montré qu’il souffrait d’un syndrome post-traumatique », a-t-il également répliqué.

En début de semaine, la procureure de la Couronne a présenté en preuve trois nouveaux témoignages qui visent à contredire les propos de M. Salvail, qui a prétendu qu’il n’était pas du genre à commettre les infractions reprochées.

L’avocat de la défense a voulu remettre les pendules à l’heure. « Le véritable enjeu est de déterminer si M. Salvail a fait les gestes reprochés par M. Duguay. »

Il a ajouté qu’il n’avait pas l’intention de soutenir que M. Salvail doit être acquitté parce que ce n’est pas dans sa nature d’agresser ou de harceler. « La défense ne repose pas sur le fait que M. Salvail ne possède pas les traits d’une personnalité qui fait en sorte qu’il ne peut avoir harcelé et agressé M. Duguay », a-t-il expliqué.

L’avocat d’Éric Salvail a aussi demandé au juge d’analyser la crédibilité de la présumée victime par ses échanges de courriels avec les enquêteurs et la Couronne. Insatisfait du travail de la procureure de la Couronne, MAmélie Rivard, il avait notamment écrit qu’elle devait être « plus préoccupée à faire ses préparatifs de Noël » qu’à travailler sur son dossier.

« Si ce gars-là fait des affirmations en l’air comme ça vis-à-vis d’une supposée alliée et vis-à-vis des policiers qui sont supposés travailler pour lui, pouvez-vous imaginer quelles sortes d’affirmations il est prêt à faire contre mon client ? Ça va de sa crédibilité ! », a lancé MMassicotte.

À un autre moment, toujours insatisfait du travail des autorités, M. Duguay a écrit que dans les prochains jours, il allait « lâcher la meute journalistique ». « On voit qu’il a une certaine soif de publicité afin de nourrir son ego. Je vous dis, sans être un expert, que l’on voit là des traits narcissiques. Il est centré sur lui-même. »

Maintenant qu’il a terminé sa plaidoirie, c’est au tour de la procureure de la Couronne, MAmélie Rivard, de livrer la sienne, ce jeudi.