« S’il était blanchi, oui, [Martin Prud’homme] pourrait théoriquement revenir à son poste. Le poste de directeur général de la Sûreté du Québec lui appartient toujours. Mme Beausoleil occupe ce poste de façon intérimaire. Oui, s’il est blanchi, Martin Prud’homme pourrait récupérer son poste », a déclaré vendredi matin la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lors de la commission des institutions, qui se déroule à Québec.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Mme Guilbault a répondu à plusieurs questions à ce sujet posées par le député libéral de Vimont et porte-parole de l’opposition officielle en matière de sécurité publique, Jean Rousselle.

« Les Québécois ont été confinés durant des mois en raison de la pandémie. M. Prud’homme, lui, est confiné depuis 18 mois. Il est chez lui, complètement assommé. C’est épouvantable », a d’emblée lancé le député.

Martin Prud’homme a été relevé provisoirement de ses fonctions en mars 2019, à la suite d’allégations de nature criminelle.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

La Presse a révélé que la plainte provenait de la directrice des poursuites criminelles et pénales du Québec, MAnnick Murphy, à la suite d’une discussion musclée avec Martin Prud’homme au sujet des fuites médiatiques à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

En mars dernier, après une enquête de quelques mois du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), Martin Prud’homme a été blanchi au criminel, mais le Secrétariat aux emplois supérieurs a amorcé une enquête déontologique pour déterminer si le comportement du directeur général de la SQ a été conforme au code de déontologie des emplois supérieurs du gouvernement.

Le 20 juillet dernier, notre collègue Denis Lessard a écrit, citant des informations provenant d’un rapport d’enquête, que Martin Prud’homme ne reviendrait pas à la tête de la SQ à la fin de l’enquête déontologique, car il aurait commis une faute déontologique suffisamment lourde pour l’empêcher de réintégrer ses fonctions.

« Que reproche-t-on à M. Prud’homme ? À un moment donné, il va falloir que la population sache. La confiance police-citoyen est actuellement malmenée et c’est le devoir de la ministre de maintenir cette confiance. La suspension de M. Prud’homme peut ébranler une organisation. Quand la ministre va-t-elle mettre fin au dossier ? », a notamment déclaré et demandé le député Jean Rousselle à Mme Guilbault.

C’est un dossier complexe et délicat. On veut toujours être le plus diligent possible, mais c’est une enquête du Secrétariat aux emplois supérieurs. Je me vois mal leur fixer une durée maximale. Mais je m’assure que le dossier avance et que toutes les ressources soient mises à leur disposition.

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

Cloué au pilori

La députée de Duplessis et porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière de sécurité publique, Lorraine Richard, a aussi questionné la ministre sur l’affaire Martin Prud’homme et un jugement rendu récemment au sujet de deux anciens hauts dirigeants de la SQ, Richard Deschesnes et Denis Fiset, qui est dur envers le Procureur général du Québec et qui souligne une ingérence politique dans les départs de certains directeurs généraux et directeurs généraux adjoints de la SQ depuis plusieurs années.

« Le cas de Martin Prud’homme, pour une certaine partie de la population, ça laisse croire qu’il y a eu ingérence dans le dossier. L’homme a été cloué au pilori avec de fausses accusations ! La ministre n’est pas inquiète d’un climat qui semble réellement se détériorer entre le [Directeur des poursuites criminelles et pénales] et la SQ ? Comment allez-vous faire pour rétablir le climat de confiance ? La ministre a-t-elle encore confiance envers le DPCP ? », a demandé Mme Richard.

En ce qui concerne le cas de M. Deschesnes, Mme Guilbault a rappelé que c’est durant le court mandat du Parti québécois que ce dernier a été relevé de ses fonctions. Elle a ajouté qu’elle n’avait pas à se prononcer sur les décisions du DPCP.

« En déontologie, ils vont essayer de trouver quelque chose, c’est sûr. La suspension de M. Prud’homme, ça pourrait coûter cher à l’État. L’État n’est pas à l’abri d’une poursuite pour atteinte à la réputation. La ministre en est-elle consciente ? », a demandé Mme Richard.

Mais puisque le temps de la députée était expiré, la ministre n’a pu répondre.

Le député de Chomedey, Guy Ouellette, a questionné Mme Guilbault sur une plainte que son cabinet aurait reçue il y a neuf mois relativement « à un système organisé de nominations partisanes dans les promotions d’officiers à la SQ ».

Il a également demandé à combien de millions se chiffraient les poursuites contre le Procureur général du Québec impliquant la SQ, l’UPAC et le DPCP, et combien de personnes, sur les 186 qui ont été accusées jusqu’à maintenant à l’issue des enquêtes de l’UPAC, avaient bénéficié d’un arrêt du processus judiciaire ou vu leurs accusations abandonnées.

M. Ouellette a aussi demandé si les rapports d’enquête du BEI sur Martin Prud’homme et sur le projet Serment (enquête sur les fuites médiatiques à l’UPAC) allaient être rendus publics.

La ministre n’était pas au courant de la plainte et n’avait pas réponse aux questions du député au moment où la commission a été suspendue pour une pause. En ce qui concerne les questions sur l’UPAC, la ministre a proposé que le commissaire à la lutte contre la corruption, Frédérick Gaudreau, réponde aux questions de M. Ouellette, mais ce dernier a refusé, disant n’avoir jamais obtenu de réponses de M. Gaudreau à ses questions dans le passé.

Guy Ouellette a aussi rappelé son arrestation, sans mise en accusation, en 2017, parce qu’il était soupçonné d’avoir remis à un média des documents d’enquête de l’UPAC.

« On ne tournera pas autour du pot, un député a été victime d’intimidation, c’est moi, et les autres députés ne sont pas à l’abri », a-t-il dit, avant de questionner le directeur général du BEI, MPierre Goulet, sur la durée encore à venir de l’enquête que le Bureau mène depuis bientôt deux ans sur les fuites médiatiques à l’UPAC. MGoulet a expliqué les délais par la quantité de documents à analyser et des démarches devant les tribunaux. Il a dit qu’il avait les ressources nécessaires et n’a pas fixé d’échéancier.

Interrogée au sujet des relations entre ses enquêteurs et le DPCP, la directrice générale intérimaire de la SQ, Johanne Beausoleil, a dit qu’elles étaient bonnes, mais que la SQ avait réclamé plus de procureurs dans certains dossiers.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.