Un café lavallois fréquenté par des mafieux devra fermer ses portes pendant 20 jours supplémentaires pour avoir porté atteinte à la sécurité publique en se moquant des règles de distanciation physique pendant la pandémie, a tranché le tribunal de la Régie des alcools, des courses et des jeux.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Ce non-respect est grave, il fait preuve d’une insouciance manifeste de la part de la titulaire et doit assurément être sanctionné. Nul ne peut, à ce point, faire si peu de cas de la situation qui prévaut sur l’ensemble de la planète », affirment les juges administratifs Louise Marchand et Marie-Jeanne Duval dans une décision rendue jeudi.

PHOTO FOURNIE PAR LA RÉGIE DES ALCOOLS, DES COURSES ET DES JEUX

Francesco Del Balso devant le café Bellerose

À la mi-mai, la Régie avait demandé la fermeture d’urgence de l’établissement lavallois parce qu’il mettait « en danger la vie et la santé des personnes », un motif rarement évoqué. Les mesures de confinement et de distanciation physique semblaient en effet bien facultatives en mars et en avril au café Bellerose.

De nombreux citoyens ont composé le 911 pour dénoncer des attroupements devant le café et à l’intérieur. L’établissement est notamment fréquenté par le mafieux Francesco Del Balso et par Leonardo Rizzuto, fils cadet du défunt parrain montréalais.

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Leonardo Rizzuto sort du café Bellerose avec un café. Il n’a pas reçu de constat.

À la fin avril, une opération de surveillance de deux jours a été menée par l’escouade Équinoxe, spécialisée dans la lutte contre le crime organisé. Les policiers ont alors observé un « feu roulant » de clients dans l’établissement ouvert seulement pour le service à emporter. Plusieurs d’entre eux entraient, puis ressortaient les mains vides. D’autres passaient des heures à discuter à l’intérieur.

« Ils se retrouvaient en groupes de quatre, huit, dix, très proches. Ils se parlaient à l’oreille, se faisaient des accolades. C’est comme si on était dans un autre monde, c’était complètement aberrant. Ça sortait de l’entendement », a témoigné il y a trois semaines le sergent Simon St-Amour, de la police de Laval.

Les policiers ont remis une quarantaine de constats d’infraction en vertu de la Loi sur la santé publique à des clients, à une employée et à la conjointe du propriétaire. Un mafieux notoire, Francesco Del Balso, a lui aussi reçu un constat. Celui-ci vient de terminer de purger une peine de 15 ans de pénitencier pour gangstérisme et trafic et importation de cocaïne.

Les juges administratifs ont complètement rejeté les excuses du propriétaire, Stefano Broccoli, lequel mettait en cause une employée et les policiers, soutenant qu’il était lui-même « très peu présent » à son commerce. « Pour le Tribunal, M. Broccoli tente manifestement de se décharger de ses responsabilités. […] Tous sont responsables, sauf son administration », lit-on dans la décision.

« Le Tribunal déplore qu’au lieu de s’apitoyer sur son sort, en dépit de toute la publicité par le gouvernement, M. Broccoli n’ait pas pris la peine de s’informer correctement des consignes gouvernementales. […] Il est en effet navrant de constater que, lors de l’audience, […] M. Broccoli ne puisse pas clairement faire état des mesures gouvernementales », ajoutent les juges administratifs.

Notons que la présence du « crime organisé traditionnel » dans l’établissement n’a aucune incidence dans le dossier, relève le tribunal de la Régie.

Comme les permis d’alcool et la licence du café Bellerose sont suspendus depuis la mi-mai, la sanction totale est dans les faits de 90 jours. Si elle peut « sembler sévère, elle constitue une sanction nécessaire » pour que la titulaire prenne conscience de « la gravité du non-respect » des ordonnances prises par les autorités publiques, conclut le tribunal.