Deux ans après l’explosion d’une bombe placée dans une boîte aux lettres qui avait blessé une sexagénaire à Senneville, dans l’ouest de l’île de Montréal, le Service de police de la Ville de Montréal vient de fermer le dossier sans avoir pu identifier les auteurs de l’attentat.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les enquêteurs de la section des incendies criminels pourraient toutefois redémarrer rapidement l’enquête s’ils reçoivent une information qui permettrait de dénouer l’impasse.

Cette affaire déjà inusitée le devient encore plus lorsqu’on lit la description de l’engin explosif faite par les enquêteurs.

« L’expertise de la scène démontre qu’il s’agit d’un engin explosif improvisé (EEI) que l’on peut qualifier d’engin à conception élaborée. La personne qui a conçu cet EEI possédait des connaissances en la matière », écrit l’enquêteur Hugo Gilbert dans une déclaration sous serment au soutien d’un mandat de perquisition que La Presse a obtenue.

Rappelons que le soir du 6 juin 2018, sur le chemin Senneville, Zeljka Draca, 68 ans, a sorti un colis de sa boîte aux lettres, puis celui-ci lui a explosé au visage.

C’est un passant qui lui a porté secours et qui a composé le 911.

Détecteur de mouvement au mercure

L’engin, de type « bombe tuyau », était constitué d’un tuyau ABS noir fermé aux deux extrémités.

Il contenait de la poudre noire et des écrous, dans le but de causer le plus de blessures possible (shrapnel).

Un détecteur de mouvement avec des niveaux de mercure aurait déclenché l’engin, qui était également muni d’une minuterie. Le colis était de forme triangulaire et se trouvait dans une boîte d’UPS. Or, l’autocollant apposé sur celui-ci était faux, et jamais le colis n’a transité par les bureaux d’UPS.

Le colis a été laissé dans la boîte aux lettres de Mme Draca, mais était destiné à un voisin de cette dernière.

C’est le concepteur de l’engin explosif ou un complice qui aurait déposé lui-même le colis dans la boîte aux lettres entre le 29 mai et le 5 juin, croit la police.

Manipulé la veille

La veille du drame, le 5 juin, un autre membre de la famille Draca a constaté la présence du colis dans la boîte aux lettres. Il l’a toutefois laissé là lorsqu’il s’est aperçu qu’il était adressé à un voisin, pensant que le facteur le reprendrait, selon le témoignage de cette personne cité dans le document judiciaire.

Les enquêteurs de la section des incendies criminels n’ont pas ménagé les efforts et ont interrogé plusieurs personnes, dont des membres de la famille immédiate, certaines de leurs connaissances et autres.

La déclaration sous serment de l’enquêteur Gilbert a été présentée à un juge dans le but d’obtenir une autorisation permettant d’avoir accès au registre du téléphone cellulaire d’un suspect potentiel, mais les analyses n’ont pas été concluantes.

Les enquêteurs ont également demandé et obtenu le registre de localisation du téléphone cellulaire d’au moins une autre personne, sans plus de succès.

L’équipe intégrée de sécurité nationale (EISN) a été informée de cette affaire, mais n’aurait pas participé à l’enquête.

Selon le document judiciaire, la propriété où l’événement est survenu est évaluée à 3 millions.

Toute personne qui aurait des informations permettant de faire progresser l’enquête peut communiquer avec Info-Crime Montréal au 514 393-1133.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.