Les autorités américaines ont forcé une « aromathérapeute certifiée » québécoise à cesser de promouvoir sur son site web un prétendu remède contre les coronavirus à base d’huile essentielle de laurier, qui ne reposait sur aucune base scientifique, mais qui pouvait lui rapporter des redevances en argent.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Sur son site web rédigé en anglais, Eve Cabanel se définit comme une « aromathérapeute certifiée ». Elle fait la promotion de diverses huiles essentielles auxquelles elle attribue toutes sortes de propriétés.

Le 21 mars, au début de la pandémie, Mme Cabanel a publié sur son site son « top 5 des huiles essentielles pour les virus ». Elle présentait l’huile essentielle de laurier comme un « puissant antibiotique » et un antiviral particulièrement efficace contre les virus à ARN « comme le coronavirus responsable des syndromes respiratoires aigus ».

Ces propriétés n’ont jamais été démontrées scientifiquement. Pendant la crise de la COVID-19, les autorités américaines ont augmenté la surveillance relativement aux gens qui font miroiter des cures miracles non testées contre le virus. Même les sites étrangers sont dans leur ligne de mire s’il y a des raisons de croire qu’ils peuvent toucher le public américain.

Le site de Mme Cabanel comprenait un lien vers un vendeur d’huile de laurier sur le site d’Amazon. Si un consommateur achetait le produit à la suggestion de l’aromathérapeute québécoise, celle-ci recevait des redevances en argent.

« Nous demandons que vous cessiez immédiatement de promouvoir ce type de produit non approuvé et non autorisé pour la mitigation, la prévention, le traitement, le diagnostic ou la guérison de la COVID-19 et de participer à sa vente », a écrit la Federal Trade Commission (FTC), organisme fédéral américain de défense des consommateurs, dans une lettre envoyée à Mme Cabanel. Celle-ci s’exposait à des poursuites judiciaires en cas de refus.

La lettre datée du 8 juin a été rendue publique par l’organisme par mesure de sensibilisation pour les consommateurs potentiels qui auraient pu être floués. La FTC ne précise pas combien de clients ont pu suivre la suggestion de Mme Cabanel entre le 21 mars et le 8 juin. Mme Cabanel a accepté de retirer ses prétentions sur l’huile de laurier. Elle n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Presse.

Une pseudoscience

L’utilisation de l’aromathérapie pour combattre des virus n’est pas appuyée sur la science, souligne Jonathan Jarry, communicateur scientifique à l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.

« C’est une pseudoscience. Les huiles, ça sent bon, ça peut améliorer notre humeur temporairement, mais quand on dit que ça peut combattre les virus, ce n’est pas fondé du tout », dit-il.

« On se base sur des anecdotes ou des intuitions, ou encore on extrapole énormément à partir de certaines études. Par exemple, on va tester des extraits de plante sur des cellules dans un laboratoire, les scientifiques vont voir des résultats intéressants, mais ensuite l’industrie de l’aromathérapie va déduire quelque chose comme : ‟Si ça tue des cellules dans une boîte de Petri, ça va tuer le cancer chez les gens.” Alors que très, très souvent en recherche biomédicale, ce n’est pas le cas », explique-t-il.

Ça dérape assez rapidement sur la vente de produits douteux ou pseudoscientifiques.

Jonathan Jarry, communicateur scientifique

M. Jarry souligne qu’un examen rapide de quelques sites d’aromathérapie sur le web permet de voir que l’huile essentielle de laurier serait associée à plus d’une quinzaine de bienfaits, de l’augmentation du courage au soulagement des douleurs musculaires, en passant par l’aide à la respiration et la stimulation des « rêves divinatoires ».

« C’est facile de voir que c’est trop beau pour être vrai », dit-il.

« Publicité mensongère »

Anne Gatignol, professeure et chercheuse en microbiologie de l’Université McGill, souligne elle aussi que rien n’a démontré une quelconque efficacité des huiles essentielles pour lutter contre le virus qui cause la COVID-19.

« Certaines sentent bon, mais cela ne veut pas dire qu’elles ont une activité antivirale ou autre. C’est juste impossible à dire, il faudrait les tester. Donc effectivement, prétendre qu’elles sont actives contre le SARS-CoV-2 en l’absence de preuves est de la publicité mensongère », constate-t-elle.

Une autre entreprise québécoise, la Maison Jacynthe, avait fait circuler au début de la pandémie un texte vantant les vertus des huiles essentielles pour « vaincre le virus ». On y parlait encore de l’huile de laurier, qu’il était possible de se procurer auprès de l’entreprise. Le texte a toutefois été retiré après la publication d’un article du magazine L’actualité sur la vente de faux remèdes contre la COVID-19.