Condamné à 15 ans de pénitencier pour gangstérisme, complot, trafic de stupéfiants et possession d’armes en janvier 2016, Sergio Piccirilli ne verra pas sa longue peine être cassée par la Cour d’appel, qui a rejeté ses arguments mardi.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Piccirilli, 59 ans, affirmait que la juge de première instance s’est trompée lorsqu’elle a conclu qu’il était lié à une organisation criminelle, qu’un de ses anciens associés, Torsten Trute, agissait en tant que prête-nom pour lui, et que lui, Piccirilli, contrôlait un local commercial où de la drogue et des armes avaient été retrouvées à Laval.

Piccirilli, alias Grizzly, affirmait également qu’une mitraillette retrouvée dans une voiture occupée par un complice, Antal Babos, et Sharon Simon, devait servir pour sa protection, et non pas commettre des crimes, aux profits d’une organisation criminelle. Il arguait enfin que le bar de danseuses L’Escale, à L’Avenir, appartenait à Trute et non à lui, et servait pour des activités légitimes.

Le juge François Doyon de la Cour d’appel conclut que la preuve analysée par la juge de première instance démontre que Piccirilli exerçait un contrôle sur le bar L’Escale, que cela est notamment démontré par des conversations qu’il a eues avec le Hells Angels Salvatore Cazzetta durant l’enquête Cléopâtre.

Selon le plus haut tribunal de la province, la preuve démontre également que Piccirilli était lié par contrat à un local de la rue Leman à Laval, où des produits et équipements servant à la fabrication de drogues, et des armes ont été retrouvés.

Quant à l’arme semi-automatique Norinco 84S que Piccirilli disait avoir demandée, pour sa propre protection, le juge Doyon écrit :

« Même si l’on devait adhérer à l’argument de l’appelant (Piccirilli) voulant qu’il ait commandé la perpétration de l’infraction dans son propre intérêt (pour sa protection), le jugement ne serait pas déraisonnable puisque la preuve permet de conclure que l’infraction profitait aussi à l’organisation ».

« De même, la protection de la vie d’une tête dirigeante est certainement dans l’intérêt de l’organisation puisqu’elle en assure, d’une certaine façon, la pérennité. On peut aussi inférer que les collaborateurs de l’appelant obtempèrent à sa demande parce qu’ils agissent à titre de membres de l’organisation, au profit de celle-ci et dans le respect de la hiérarchie ».

Intimidation et enlèvement

Piccirilli a été arrêté pour les accusations pour lesquelles il purge sa peine actuelle en 2006, à l’issue d’une enquête baptisée Cléopâtre, menée par l’Unité mixte d’enquête sur le crime organisé autochtone (UMÉCO-A) de la Gendarmerie royale du Canada.

En 2005-2006, Sergio Piccirilli s’était retrouvé au centre d’un conflit qui avait failli dégénérer en guerre ouverte entre les clans Rizzuto et D’Amico de la mafia au sujet d’une affaire d’exportation de marijuana évaluée à 9 millions.

Les enquêteurs de l’UMÉCO de la GRC, qui menaient alors l’enquête Colisée, ont vu Piccirilli entrer dans l’ancien quartier général des Siciliens, pour passer un message, et ont observé plusieurs véhicules occupés par des individus supposément lourdement armés circuler dans le stationnement du Consenza, sur la rue Jarry, dans Saint-Léonard.

C’est dans le contexte de ce conflit qu’un trafiquant de marijuana lié à la mafia a été enlevé le soir de l’Halloween 2005, alors qu’il donnait des bonbons aux enfants, chez lui, dans le quartier Ahuntsic et qu’il avait ensuite été filmé par ses ravisseurs demandant aux Siciliens de payer leur dette, sans quoi il y aurait des veuves et des orphelins.

Piccirilli, qui aurait déjà fait partie des unités spéciales des forces armées canadiennes, est un ami de jeunesse du Hells Angels Salvatore Cazzetta.

Il est le fondateur d’une section aujourd’hui disparue des Devils Ghosts, club école des Hells Angels, qui avait été parrainée par Cazzetta.

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