Le chef de gang Arsène Mompoint aurait négocié la livraison de 200 000 comprimés de méthamphétamine avec un individu dont il ignorait qu’il était écouté par la police dans le cadre d’une importante enquête anti-drogue du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les trafiquants espionnés par la police utilisaient des appareils de communications cryptées qui faisaient défaut, les obligeant à se rabattre sur les lignes téléphoniques traditionnelles, ce qui a facilité le travail de la police.

Ce sont là certains des éléments révélés lors de l’enquête sur remise en liberté d’Arsène Mompoint, alias BM, tenue il y a une dizaine de jours au palais de justice de Montréal.

Le juge Jean-Jacques Gagné, de la Cour du Québec, a décidé de garder Mompoint derrière les barreaux en raison des risques de récidive.

Les minotaures ciblés

Mompoint a été arrêté et accusé dans le cadre de l’enquête Astérios, débutée à la suite de la découverte des corps de deux frères morts d’une surdose de fentanyl sous le pont Jacques-Cartier en août 2017. Il n’était pas l’un des individus visés et est devenu une « cible » collatérale des policiers.

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Les Minotaures sont un club-école des Hells Angels nouvellement créé.

Les trafiquants utilisaient une ligne téléphonique pour livrer de l’héroïne et rapidement, les enquêteurs ont ciblé les Minotaures, un club-école des Hells Angels nouvellement créé.

Les membres du groupe ont été mis sur écoute. Parmi eux, un certain Luckens Michel. Mompoint a échangé avec lui ou lui a parlé à certaines reprises pour préparer deux transactions de 100 000 comprimés de méthamphétamine chacune en novembre 2018.

« Tbnk la criss pkoi tu reponds pas astie je savais ke ca allait arriver calisse astie donne moi les astie de pilules ce soir la maudit criss », aurait écrit Mompoint à Luckens le 5 novembre 2018.

Un contractuel

Arsène Mompoint a de nombreux antécédents, de possession d’arme notamment, qui ont été égrainés par la procureure de la poursuite, Me Marjorie Delagrave.

« Juste avant l’été 2019, les informations de sources voulaient que M. Mompoint était actif dans les contrats de meurtres, donc trouver des gens pour exécuter les contrats ou les faire lui-même. Ça revient régulièrement avec son nom, dans le milieu », a témoigné l’enquêteur Francis Derome, de la Division du crime organisé (DCO) de la police de Montréal.

« Avant l’été, la DCO a effectué de la surveillance physique sur M. Mompoint dans le but de voir ses activités et ses contacts. »

C’est quelqu’un de très criminalisé dans la région de Montréal, actif avec plusieurs groupes criminels, dont les motards, les Italiens et les gangs de rue.

Francis Derome, enquêteur

Arsène Mompoint a été arrêté le 18 septembre dernier, à une borne d’enregistrement de l’aéroport Trudeau, alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Haïti, avec un billet aller simple.

Le 8 août dernier, il a été victime d’une tentative de meurtre et a reçu au moins une balle sous une clavicule, dans l’arrondissement de Saint-Léonard.

M. Derome a dit qu’un suspect a été arrêté relativement à cette affaire mais qu’il a été accusé de possession d’arme, et non de tentative de meurtre.

Adjoint gestionnaire de projet

Arsène Mompoint a témoigné. Il a raconté avoir fait un séjour de plus de deux mois en Haïti, au début de cette année, pour ériger des clôtures autour des terres de ses parents, et son avocat, Me Mathieu Bourgon, a souligné que son client avait alors également un billet aller simple, pour démontrer que son client était malgré ça revenu au Québec.

Mompoint s’est présenté comme un adjoint gestionnaire de projet en construction et a dit travailler pour une entreprise qui possède un chantier de tours de condos de 30 millions de dollars à Terrebonne.

Relevés de paie à l’appui, il a dit travailler 40 heures par semaine, à un salaire de 25 $ de l’heure.

Il a raconté la tentative de meurtre dont il a été victime en disant qu’il s’était approché d’une voiture avec plusieurs jeunes à bord en leur disant d’arrêter de fumer du pot et que l’un d’eux a baissé la vitre et a tiré sur lui. Les suspects ont fui les lieux, et il a précisé ne pas avoir reconnu le tireur.

Promiscuité foudroyante

Par ailleurs, le témoignage de l’enquêteur Derome a démontré une grande proximité « inhabituellement rapide » entre les Hells Angels et les Minotaures.

PHOTO DÉPOSÉE EN COUR

Au Thunder Bike de 2017, Guillaume St-Onge serre la main du Hells Angels Claude Pépin, sous les yeux d'autres membres des Minotaures, Luckens Michel et Éric Naudi.

Ces derniers ont vu le jour en avril 2017, et le policier a présenté une photo sur laquelle on voit des membres des Minotaures en compagnie du Hells Angel Claude Pépin lors du Thunder Bike qui s’est tenu à Saint-Pie-de-Bagot le 19 août 2017.

La photo a été prise six jours avant la découverte des corps des deux frères morts d’une surdose de fentanyl.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Le projet Astérios en chiffres

132 autorisations judiciaires

7 caméras de surveillance

4450 heures d’enregistrement vidéo

35 achats de stupéfiants avec des agents doubles

380 surveillances physiques

325 certificats d’analyse de Santé Canada sur des échantillons prélevés

Plus de 460 policiers enquêteurs impliqués