L’opération Asterios menée ce matin contre un réseau de présumés trafiquants de drogues liés aux Hells Angels a nécessité des centaines de milliers d’heures d’écoute électronique, des milliers d’heures d’enregistrement vidéo, plus de 380 filatures et le travail de près de 450 policiers.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

C’est ce que la procureure principale au dossier, Me Marjorie Delagrave, a été contrainte de révéler en cour l’été dernier, alors que les avocats de la défense s’opposaient à ce que la police retienne plus longtemps des objets saisis chez les suspects durant l’enquête.

Avant les arrestations d’aujourd’hui, les enquêteurs de la Division du Crime organisé du SPVM ont effectué quatre phases de perquisitions dans le cadre de l’enquête Asterios amorcée à l’automne 2017, à la suite de décès par surdoses d’opioïdes survenus à Montréal durant l’été précédent.

Depuis que la Cour suprême a prononcé l’Arrêt Jordan, qui limite les délais judiciaires, les policiers multiplient les perquisitions en cours d’enquête pour accumuler leur preuve et pour que les procureurs soient prêts à la divulguer à la défense le jour des arrestations et de la mise en accusation.

Mais visiblement, la défense semble vouloir commencer à s’attaquer à cette stratégie.

En juin dernier, cela faisait déjà trois fois que les procureurs demandaient de prolonger la saisie des biens découverts et la défense s’y est opposée devant la juge Linda Despots de la Cour du Québec.

« Il faudrait qu’un Tribunal qualifie cette façon de faire car vous savez que c’est la nouvelle façon de faire de la poursuite. Le pré-pré fin d’enquête semble plus long que l’enquête comme telle. C’est assez étonnant que l’on ne porte toujours pas d’accusations », a maugréé Me Isabella Teolis.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Un suspect avait été arrêté à l’été 2018.

« Mme la juge, les biens visés sont des stupéfiants en quantité industrielle. Où est le préjudice des personnes chez lesquelles il y a eu des saisies ? Mes confrères vous disent que leurs clients ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête, mais on va leur remettre quoi ? Des stupéfiants ! », s’est exclamé Me Delagrave, évoquant le privilège de l’enquête en cours.

Celle-ci a aussi annoncé que 100 mandats ont été rédigés, que sept procureurs travaillaient sur le dossier et que les arrestations se feraient avant le 27 octobre. La juge a rejeté la requête de la défense et les arrestations ont finalement eu lieu ce matin, avant la date annoncée.

L’ombre des anciens K-Crew

Trente-quatre personnes ont été arrêtées ce matin, neuf ont été relâchées sur promesse et 26 ont comparu cet après-midi au Palais de justice de Montréal, par visioconférence, à partir du Centre opérationnel nord du SPVM.

Elles ont été accusées surtout de complot et de trafic de drogue, certaines de possession d’arme. Mais cinq individus, Dany Durand, son frère Simon, Guillaume St-Onge, Denis Beaupré et Christian Nitu, ont aussi été accusés de gangstérisme.

PHOTO COURTOISIE

Selon la police, Dany Durand, serait le chef présumé du réseau. Il a été membre des Minotaures, un groupe que la police associe aux Hells Angels et aux anciens Syndicates.

Durand et certains de ses présumés complices sont d’anciens membres des K-Crew, un groupe aujourd’hui disparu.

Un autre des accusés est Arsène Mompoint, un chef de gang indépendant de Montréal victime d’une tentative de meurtre il y a un mois. Mompoint s’apprêtait à s’envoler vers Haïti lorsqu’il a été arrêté à l’aéroport Trudeau ce matin.

Fait à noter, l’un des suspects, Frédéric Bonenfant, était déjà au Palais de justice de Montréal pour y subir une enquête sur remise en liberté dans un autre dossier. Son enquête caution a été annulée et la poursuite s’est objectée à sa libération.

Un autre suspect, James Don, s’est livré au palais de justice, a comparu et a été libéré sous conditions.

Au moment d’écrire ces lignes, trois suspects étaient toujours recherchés dont Christian Nitu.

La poursuite s’est objectée à la remise en liberté de 13 des accusés, dont Dany Durand, son frère, St-Onge, Beaupré et Mompoint. Leur enquête sur remise en liberté a été reportée à vendredi, pour la forme.

La poursuite a déposé contre plusieurs accusés des avis de récidive de possession d’armes.

Du cannabis et des gaminets

La police a notamment trouvé plusieurs armes, dont une mitraillette de type AK-47, des chargeurs haute capacité, plusieurs kilogrammes de cocaïne, environ 50 grammes d’héroïne, plus de 500  000 comprimés de méthamphétamine, de la marijuana, une veste pare-balles, de l’argent, des feuilles de comptabilité et des téléphones cellulaires durant l’enquête.

Les suspects sont soupçonnés d’avoir trafiqué des stupéfiants dans l’est de Montréal et les quartiers Rosemont et Hochelaga-Maisonneuve. Ils auraient notamment vendu illégalement du cannabis à partir d’un commerce de vêtements.

Créés en 2017, les Minotaures arborait une veste de motards avec les lettres MC, pour
motorcycle club, et avaient leur propres statuts et règlements. Ils sont apparus en force sur les radars des policiers, alors qu’ils ont été observés faire de la surveillance de membres des Hells Angels ou rencontrer de ces derniers.

Mais depuis qu’ils ont été l’objet de premières perquisitions, ils sont beaucoup moins visibles si bien que la police croit que le groupe n’existe plus aujourd’hui.

Les autres accusés :

Éric Élément

François Jarry

Alain Joly

Simon Leclerc

Xiomara Martinez

Maxime Samuel

Marc-André Lagacé-Carrière

Annie Parent

Jean-Gabriel Giguère

Stéphane Tardif

Ellis Allard

Félix Olivier Boisjoly

Éric Cantin

Jesse Farmer

Jason Galarneau

Lukens Michel

Christopher Monast

Michel Petit

Gérald Robidoux

Marc Rokach

Sary Or

Mina Sing

Vuthdy Tith

Chan Veasna Oung

Williamson Jean Café-Bédard

Davy Lock

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