Énigme: la victime vit au Minnesota, mais son agresseur aurait perpétré son crime à Montréal. À quel corps policier revient-il d'enquêter? Un problème de ressort territorial expliquerait pourquoi les autorités n'ont jamais embêté Dennis Markuze, que l'on soupçonne d'envoyer depuis près de 20 ans des menaces par l'internet à des personnes dont il ne partage pas les convictions.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

«On est dans une zone grise», reconnaît le lieutenant Ian Lafrenière, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Les policiers montréalais considéraient qu'il revenait aux autorités du Minnesota de traiter la plainte du professeur Paul Z. Myers, qui reçoit des menaces de mort depuis 1993. Or, leurs homologues de l'autre côté de la frontière estimaient qu'il revenait plutôt au SPVM de faire enquête puisque le crime aurait été perpétré à Montréal.

Le même scénario semble s'être déroulé pour tous les Américains qui disent avoir porté plainte contre Dennis Markuze, dont la mère a confirmé à La Presse qu'il est l'auteur des messages. Du coup, la police de Montréal n'a jamais reçu les plaintes, dit le lieutenant Lafrenière. «On ne comprend pas ce qui s'est passé.»

Fait inquiétant, l'imbroglio risque de se reproduire puisque l'énigme sur le ressort territorial reste entière. Le SPVM a en effet lancé son enquête après avoir reçu mardi une plainte d'un Montréalais.

Bruce Anderson ne s'étonne pas des difficultés des présumées victimes à faire cesser les messages haineux. Ex-policier, il a fondé une firme privée d'enquête sur les crimes virtuels, Reputation Defense Online, après avoir constaté à quel point les problèmes de territoire sont fréquents depuis l'arrivée de l'internet.

Récemment, ses services ont été requis par une personne de Los Angeles qu'un individu du Connecticut harcelait par courriel. La victime a eu beau se plaindre, le LAPD n'a rien pu faire puisque le crime avait été perpétré dans un autre district. Les policiers n'ont ni le temps ni les compétences qu'il faut pour enquêter sur les cybercrimes, estime Bruce Anderson. «Souvent, c'est tout juste s'ils sont capables de répondre à leurs courriels.» Le détective privé se dit toutefois convaincu que le SPVM mènera jusqu'au bout son enquête sur Markuze maintenant que l'affaire a été médiatisée.

L'enquête risque toutefois d'être longue, prévient le lieutenant Lafrenière. Les enquêteurs ont reçu plus de 4200 courriels depuis qu'une pétition a été mise en ligne. Chaque message doit être lu au cas où il contiendrait de nouveaux renseignements. «C'est l'enfer, ça embourbe nos circuits. On n'avait pas besoin de 4000 plaintes, une seule suffisait.»

Markuze se défend

Pendant ce temps, Dennis Markuze continue à envoyer ses messages. Encore hier, il semblait sévir sur certains blogues. Sous le nom de Felixa Krulla, il aurait publié de nombreux messages dans la section des commentaires de la pétition demandant au SPVM de lancer une enquête sur ses menaces. «Voulez-vous comparer mes crimes à ceux de Donald Rumsfeld?» peut-on lire. «Parfois, il y a une différence entre les mots et les actions... i.e. Ben Laden.» À plusieurs reprises, il demande: «qu'arrive-t-il quand c'est Dieu qui frappe?»

Fait à souligner, Dennis Markuze aurait lui-même signé plusieurs fois la pétition qui demande au SPVM d'enquêter à son sujet.