La mort brutale, horrifiante et absurde de Léa Guilbeault, écrasée par un bloc de béton alors qu'elle était attablée dans un restaurant du centre-ville de Montréal, aura au moins eu le mérite d'éveiller les autorités provinciales quant aux risques posés par le vieillissement du parc immobilier de la métropole et du reste du Québec.

Mis à jour le 16 nov. 2010
Isabelle Hachey LA PRESSE

En réponse à ce terrible accident, la province se dotera l'an prochain d'une réglementation qui forcera les propriétaires d'immeubles à se plier à des inspections et à adopter un programme d'entretien préventif pour assurer la sécurité de la population.

«À Montréal, la plupart des grands édifices ont été construits entre l'Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976. Aujourd'hui, ces bâtiments commencent à avoir besoin de réparation. Or, nous prenons conscience que nous n'avons peut-être pas tous les instruments pour le faire», explique le coroner Jacques Ramsay, qui a rendu public ce matin son rapport sur le décès de Mme Guilbeault.

Le 16 juillet 2009, Mme Guilbeault et son mari fêtaient leur deuxième anniversaire de mariage au restaurant Mikasa, situé au rez-de-chaussée de l'hôtel Résidence Inn Montreal Downtown, rue Peel à Montréal. Le couple était attablé dans la verrière, en bordure de la rue, quand un panneau de béton de 320 kilos s'est détaché du 18e étage de la façade de l'hôtel pour s'écraser en plein sur la femme de 33 ans. Elle est morte sur le coup, sous les yeux horrifiés de son mari.

L'enquête du coroner met en lumière les déficiences des pratiques actuelles en matière d'entretien et d'inspection des immeubles en hauteur. Depuis sa construction en 1969, aucun travail de réfection n'avait jamais été fait sur la façade de l'hôtel de la rue Peel, haut de 24 étages. Il n'y a jamais eu non plus d'inspection de la solidité des éléments structuraux ou de la façade de l'édifice.

Quatre attaches étaient prévues pour retenir les panneaux de béton à l'ossature du bâtiment. Or, des experts de la Régie du bâtiment ont découvert que seules deux attaches retenaient le panneau qui s'est détaché avant de s'écraser sur Mme Guilbeault. « L'installation des panneaux ne s'est donc pas faite selon ce qui avait été prévu par le fabricant et le concepteur », lit-on dans le rapport du coroner.

«L'accident tragique qui a coûté la vie à Mme Guilbeault met en relief le retard du Québec en matière de sécurité des édifices publics», écrit le Dr Ramsay. En entrevue, il explique: «Le règlement dit bien que le propriétaire doit s'assurer de la sécurité des édifices. Mais c'est très vague, laissé à l'interprétation de chaque propriétaire. En 2010, on ne peut pas continuer à fonctionner de cette façon.»

Le gouvernement n'a pas attendu le rapport du coroner pour agir. Le 10 novembre, la ministre Lise Thériault, responsable de la Régie du bâtiment, a déposé le projet de loi 122, qui permettrait de doter le Québec d'une réglementation « moderne, complète et à l'avant-garde de ce qui se fait au Canada en la matière ».

Le règlement, qui entrera en vigueur l'an prochain, exigera des propriétaires qu'ils aient un programme d'entretien préventif, qu'ils embauchent des professionnels pour effectuer les inspections et qu'ils conservent tous les rapports d'inspection et d'évaluation pendant la durée de vie du bâtiment.