Les deux dernières agressions sexuelles commises par un violeur de 15 ans auraient-elles pu être évitées si les autorités avaient agi plus promptement?

Catherine Handfield LA PRESSE

C'est la question que le juge Normand Bastien a soulevée hier matin au procès de l'adolescent, qui s'est reconnu coupable au mois de mai de trois agressions sexuelles commises dans le quartier Ahuntsic, à Montréal.

La première agression est survenue le 23 juillet 2009. L'accusé, qui venait d'avoir 15 ans, a violé une adolescente de 14 ans qu'il avait rencontrée sur le site Facebook. Il n'a été inculpé que neuf mois plus tard, le 7 mai. Entre-temps, il avait agressé deux jeunes étrangères en l'espace d'une heure, en avril.

On a appris ce matin que la première victime a rapidement signalé son viol aux autorités. En septembre 2009, la police a fait un signalement auprès de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

La Couronne blâmée

Hier, le juge Bastien s'est étonné du manque d'empressement de la Couronne: «Si les accusations avaient été portées en temps opportun, il n'y aurait peut-être pas eu la récidive du 20 avril», a-t-il déclaré.

Selon l'avocat de la défense, Me René Binet, la DPJ aurait pu retirer l'adolescent de son milieu lors du premier signalement afin qu'il reçoive un suivi adéquat. Or, après avoir rencontré l'accusé et sa mère, l'intervenante sociale a estimé que la sécurité et le développement de ce dernier n'étaient pas compromis et a fermé le dossier.

«D'après moi, il y avait suffisamment d'éléments pour prendre ce cas au sérieux», a déclaré Me Binet. Il a souligné que, en plus d'agresser la jeune fille, son client avait déjà commis deux introductions par effraction. Il allait rarement à l'école et avait des problèmes de consommation.

Les commentaires du juge ont semblé agacer la procureure de la Couronne, Me Marie-Claude Bourassa. Elle a rétorqué qu'il fallait amasser suffisamment d'éléments de preuve avant de porter des accusations.

La police n'a reçu les résultats des tests d'ADN que le 21 avril (le lendemain de la récidive), a-t-elle souligné. L'avocate a également fait valoir que l'accusé avait nié avoir violé l'adolescente lorsque la DPJ l'a rencontré. Il a seulement admis qu'il avait eu une relation sexuelle avec elle.

Selon Me Bourassa, l'intervenante de la DPJ n'avait aucune raison de retirer l'adolescent de chez sa mère. Les problèmes n'ont fait surface qu'à la lumière des rapports des experts, lesquels ont déterminé que l'accusé entretenait une relation troublante avec sa mère. Il partageait souvent le même lit qu'elle pour obtenir de l'«assurance», et elle a toujours refusé qu'il ait des contacts avec son père.

La Couronne a recommandé la peine maximale pour un mineur, soit trois ans de garde en centre jeunesse.