L'engouement du Québec pour la lutte contre la corruption a grandement profité à l'Unité permanente anticorruption (UPAC) cette année: policiers, citoyens et aspirants enquêteurs se sont pressés aux portes pour venir en aide à l'organisme, qui a multiplié les arrestations et les opérations spectaculaires.

Vincent Larouche LA PRESSE

C'est ce qu'a expliqué mercredi le commissaire Robert Lafrenière, grand patron de l'UPAC, en dévoilant le bilan de 2012 de l'organisme.

M. Lafrenière a beaucoup insisté sur l'appui que ses troupes reçoivent du public, encouragé notamment par les travaux de la commission Charbonneau. Ainsi, l'UPAC a reçu 836 signalements d'activités louches par l'entremise de sa ligne téléphonique et de son site internet.

«Les citoyens sont nos yeux et nos oreilles», s'est félicité le commissaire.

Dans des opérations souvent très médiatisées, l'escouade Marteau de la Sûreté du Québec, le bras armé de l'UPAC, a arrêté 49 personnes et permis le dépôt d'un total de 177 chefs d'accusation criminels. De plus, 13 entreprises ont été accusées et 450 mandats de perquisition ou ordonnances ont été exécutés.

L'équipe anticollusion de l'UPAC - l'ancienne équipe de Jacques Duchesneau - a assuré un suivi serré dans 14 chantiers importants du Québec. Les équipes d'experts issues du ministère des Affaires municipales, de la Régie du bâtiment ou de la Commission de la construction ont aussi procédé à des vérifications dans 135 entreprises.

Engouement pour les enquêtes économiques



L'engouement se fait aussi sentir dans la police, où plusieurs candidats se montrent maintenant intéressés aux projets d'enquêtes complexes qui touchent l'attribution des contrats, la politique, l'immobilier, les fraudes élaborées, les enveloppes brunes - des dossiers qui n'étaient pas aussi populaires il y a quelques années.

«À une époque, c'était très rare, les gens qui s'intéressaient aux crimes économiques. Ce n'est pas tout le monde qui aime fouiller dans des papiers. Là, il y a un engouement pour de nouvelles façons de faire. Ce sont beaucoup des jeunes. Ils veulent apprendre et ils voient à quel point c'est au coeur de l'actualité. Et puisque l'unité est permanente, ils savent qu'on peut y bâtir une carrière», explique M. Lafrenière.

Le commissaire souligne que ses troupes ont encore beaucoup de pain sur la planche. «Il y a 22 enquêtes en cours, tant au niveau provincial que municipal», précise-t-il. Les dossiers concernent aussi bien la construction d'infrastructures que le Plan Nord ou les hôpitaux.

«Je peux vous affirmer que des actes de collusion et de corruption, il y en a partout au Québec. Nos enquêtes le prouvent. On a découvert de nouveaux stratagèmes», dit-il.

Fait à noter, alors que tout le volet criminel des enquêtes anticorruption est pris en charge par les policiers de l'escouade Marteau, aucun uniforme de la Sûreté du Québec (SQ) n'était visible dans la salle bondée où

M. Lafrenière présentait son bilan, mercredi. M. Lafrenière, qui a souvent tenu ses conférences de presse accompagné d'officiers de haut rang de la SQ, était cette fois seul sous le feu des projecteurs.

Récemment, au terme d'une discrète lutte de pouvoir interne, M. Lafrenière et sa garde rapprochée ont travaillé à renforcer leur autorité sur l'escouade Marteau, qui avait continué depuis sa création à relever hiérarchiquement de la division des enquêtes criminelles à la SQ.

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CE QU'A DIT LE COMMISSAIRE ROBERT LAFRENIÈRE...

Sur les vertus d'une commission publique

À l'automne 2011, au moment où le gouvernement Charest refusait toujours de déclencher une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction, Robert Lafrenière s'était lui aussi prononcé contre cette idée. Il avait publiquement déclaré qu'une commission nuirait aux enquêtes policières. En l'espace d'un an, il a toutefois changé d'avis. «Nous avons la population qui nous appuie et c'est en grande partie en raison des travaux de la Commission d'enquête sur l'industrie de la construction, présidée par l'honorable France Charbonneau.

Mme Charbonneau s'est assurée de main de maître que la Commission ne nuise pas aux enquêtes. Nous collaborons étroitement», a déclaré M. Lafrenière.

Sur les compressions à la Sûreté du Québec

Le commissaire ne croit pas subir l'impact des compressions à la SQ, d'où est issu le bras armé de l'UPAC, l'escouade Marteau. Il affirme que le nouveau patron de la SQ, Mario Laprise, lui a assuré récemment qu'il était même prêt à lui fournir encore plus de ressources au besoin. «C'est la priorité en ce moment. M. Laprise met même souvent plus de ressources que prévu sur les opérations», affirme M. Lafrenière.

Sur le Québec comparativement aux autres provinces

Le Québec est-il la province la plus corrompue du Canada, comme l'a prétendu le magazine Maclean's? Les autres provinces sont-elles immunisées contre ce phénomène, comme le prétendent parfois certains? M. Lafrenière a abordé le sujet à demi-mot, hier. «J'ai vu dans les médias que certaines provinces prétendent qu'elles n'ont pas de corruption. Je ne peux pas juger... mais ce que je sais, selon les lectures qu'on fait, c'est qu'il y en a partout dans le monde», dit-il.