Après s'être opposée durant plus d'un an à la tenue d'une commission d'enquête publique sur le milieu de la construction, la FTQ fait volte-face. Invoquant la lenteur des enquêtes policières, le syndicat a déclaré mercredi qu'il était temps de déclencher le vaste examen de l'industrie réclamé par la majorité de la population québécoise.  

Mis à jour le 18 nov. 2010
Daphné Cameron LA PRESSE



Le président de la FTQ, Michel Arsenault, s'est dit prêt à y témoigner. Il soutient toutefois n'avoir jamais eu connaissance de gestes de corruption au sein de son syndicat. «Je n'ai jamais eu d'offre de pot-de-vin de quelque nature que ce soit», a-t-il précisé mercredi après-midi devant une salle bondée de journalistes.

La FTQ était le dernier allié du gouvernement Jean Charest dans son opposition à la tenue d'une commission d'enquête publique. Le syndicat affirme avoir changé de camp, car les allégations persistantes de collusion dans le milieu de la construction et dans l'attribution des contrats municipaux étaient en train de «salir» l'ensemble de l'industrie.

«Tous les jours, il arrive quelque chose de nouveau. Ça devient pratiquement une téléréalité», a lancé M. Arsenault. «Je pense qu'il est temps que le juridique s'en mêle.»

Le changement de cap de la FTQ est également le fruit de pressions internes, notamment de la section québécoise du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente des milliers d'employés dans les municipalités du Québec. Au cours de la dernière année, le SCFP s'est prononcé à de nombreuses reprises en faveur d'une commission d'enquête publique. La nouvelle survient deux semaines avant la tenue du congrès annuel de la FTQ.

Quel mandat pour la commission?

La FTQ demande au gouvernement Charest de déclencher la commission d'enquête publique «dans les plus brefs délais». Elle souhaite que la commission ait le mandat de se pencher sur la collusion dans l'industrie de la construction ainsi que dans l'attribution des contrats publics. Elle ne s'oppose pas à ce que le thème du financement des partis politiques soit abordé. On voudrait aussi parler de la question du travail au noir au Québec.

«Si le premier ministre acquiesce à notre demande, on veut que ça se fasse dans les règles de droit», a précisé M. Arsenault. «Si jamais la FTQ est écorchée, on veut avoir l'opportunité de contre-interroger les gens qui nous accusent, ce que l'on n'a pu faire jusqu'à présent. Nous voulons présenter une preuve et des mémoires, si nécessaire.»

Bien qu'elle critique la lenteur de l'escouade Marteau à épingler des coupables, la FTQ souhaite que les enquêtes policières soient maintenues.

«Nous ne voulons surtout pas d'une commission spectacle, mais bien d'une commission qui va aller au fond des choses», a résumé M. Arsenault.

Bombardé de questions des journalistes, M. Arsenault refusé d'admettre qu'il y avait eu de «mauvaises pratiques» à la FTQ. Au cours de la conférence de presse, l'expression «crime organisé» n'a pas été employée une seule fois.

Rappelons que de nombreux reportages diffusés au cours des deux dernières années ont fait état de liens troublants entre le secteur de la construction et le crime organisé. La FTQ-Construction et le Fonds de solidarité de la FTQ ont été grandement secoués par la diffusion de diverses allégations d'irrégularités et de favoritisme.