Alors que des groupes de défense de l’environnement demandent que les anciens terrains de golf soient transformés en parcs partout au Québec, la Ville de Laval s’apprête à protéger près de 70 % de la superficie de ses golfs, ce qui semble insuffisant aux yeux des militants.

Publié le 7 mai
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Les sept golfs lavallois occupent 500 hectares. À la suite de la refonte du code de l’urbanisme de la Ville, qui sera adoptée dans les prochains mois, il n’y aura aucun lotissement résidentiel ou commercial sur 342 hectares de ces terrains.

Là où la construction de maisons sera permise, les promoteurs devront obligatoirement réserver 50 % de l’espace pour en faire un parc.

De plus, « les développeurs devront déposer un plan d’aménagement d’ensemble qui sera soumis à la population par référendum », explique le maire de Laval, Stéphane Boyer.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Stéphane Boyer, maire de Laval

La population pourra donner son avis et s’opposer au projet, si elle considère qu’il n’est pas suffisamment intéressant.

Stéphane Boyer, maire de Laval

Trois des sept golfs sont déjà dans une zone agricole ou réservée aux parcs, ce qui empêche déjà tout lotissement résidentiel, advenant le cas où ces terrains seraient vendus. Un autre est situé en zone industrielle, et le zonage pourrait y permettre plusieurs usages.

Mais les golfs Laval-sur-le-Lac, Islesmere et Cardinal, situés dans l’ouest de Laval, non loin des futures gares du Réseau express métropolitain (REM), pourraient éventuellement être transformés en lotissements résidentiels, où la moitié de l’espace serait aménagé en parcs.

« Comme il y a une crise du logement, on va quand même permettre des développements près des deux gares du REM », souligne Stéphane Boyer.

D’ailleurs, le golf Islesmere est en vente, pour 80 millions. La Ville de Laval ne compte pas l’acquérir pour en faire un parc, en raison du prix trop élevé.

Quant au golf Cardinal, des travaux ont commencé sur une partie de son terrain pour la construction de 300 maisons.

Pétition

Vendredi, des groupes environnementaux s’étaient justement donné rendez-vous devant ce terrain de golf pour annoncer le lancement d’une pétition qui demande l’adoption de mesures facilitant la transformation d’anciens terrains de golf en parcs, au lieu d’y faire de la construction immobilière.

On réclame notamment une réforme de la Loi sur l’expropriation pour favoriser l’achat de ces terrains par les municipalités, pour les transformer en parcs ouverts au public. Idéalement, cette mesure devrait s’accompagner de financement pour permettre de telles acquisitions.

On veut aussi l’interdiction pour les municipalités d’accepter toute demande de changement d’affectation, de zonage et tout lotissement résidentiel, commercial ou industriel sur les terrains de golf.

Dans le Grand Montréal seulement, 12 clubs ont fermé boutique depuis 2010, selon une compilation réalisée par la Communauté métropolitaine de Montréal.

« La protection des golfs est une opportunité de verdir les villes, de protéger la biodiversité et de lutter contre la crise climatique », martèle Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace au Québec.

Il faut arrêter de privatiser ces espaces et de bétonner les espaces verts.

Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace au Québec

« Transformer d’anciens terrains de golf en parcs tombe sous le sens : cela permet non seulement la régénération des sols, mais également le maintien d’arbres matures », ajoute le député de Jonquière et porte-parole du Parti québécois en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, qui a accepté de parrainer la pétition et de la déposer à l’Assemblée nationale.

Et l’initiative de la Ville de Laval, est-elle un pas dans la bonne direction ? « Ça laisse quand même beaucoup d’espaces à risque de devenir des secteurs d’expansion urbaine », répond Jonathan Tremblay, porte-parole du Mouvement du parc Sentiers des Bois. « Ce qu’on demande, c’est de maintenir le zonage récréatif. »