C’est en larmes que l’ancienne assistante de Phoebe Greenberg, Sandra Testa, a raconté « l’immense cauchemar » qu’elle vit depuis qu’elle a été renvoyée du Centre Phi. Elle nie catégoriquement avoir détourné près de 15 millions de dollars, comme l’affirme son ex-patronne, l’héritière et actionnaire de l’empire Minto.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Depuis jeudi, Sandra Testa est devant le juge de la Cour supérieure David R. Collier pour présenter sa version des faits. Contrairement à ce que son ancienne patronne prétend, elle a juré ne pas avoir fait des retraits d’argent, des achats de produits de luxe et des dépenses extravagantes sans le consentement de Mme Greenberg. Dans sa poursuite au civil, cette dernière affirme que Mme Testa a détourné une dizaine de millions de dollars en 2016-2017.

« Ce n’est tout simplement pas quelque chose que je fais », a lancé avec émotion Sandra Testa au palais de justice de Montréal.

Le jour où deux hommes se sont présentés au Centre Phi pour l’escorter à l’extérieur de son bureau, alors qu’elle venait d’être congédiée, elle a été surprise, a raconté cette employée qui se défend d’avoir mal agi. Elle a dit à la barre qu’elle considérait d’ailleurs son ancienne patronne comme une amie.

Mon premier appel ou texto de la journée était à elle et probablement aussi le dernier de la journée. Et pas seulement parce que c’était une relation entre une patronne et son employée, mais parce qu’on avait développé une amitié.

Sandra Testa

« Nous avions une belle relation. Nous étions toujours ensemble », a ajouté Mme Testa, précisant qu’elle travaillait jusqu’à environ 90 heures par semaine pour Phoebe Greenberg et la présidente du Centre Phi, Pina Mancuso, dont elle était également l’assistante personnelle. Elle gérait leur agenda tant professionnel que personnel.

L’ancienne assistante de la mécène a donc nié en bloc les allégations dont elle fait l’objet. D’après elle, les articles de luxe qu’elle achetait étaient toujours des demandes de Phoebe Greenberg, ou du moins procédait-elle avec son accord. Pour appuyer sa défense, elle a présenté plusieurs photos, prises notamment sur des comptes d’utilisateurs Instagram, ainsi que des échanges écrits.

Même chose pour les vols en jet privé ou les sommes d’argent qu’elle retirait de la banque : elle a nié avoir agi à l’insu de sa patronne. Selon ce que lui dictait Mme Greenberg, cet argent pouvait ensuite être donné à un employé comme Mme Mancuso ou servir à payer un service, a affirmé Mme Testa.

Rappelons qu’une poursuite similaire de 5 millions avait été intentée contre Mme Mancuso en 2017. Elle a été réglée à l’amiable de façon confidentielle.

En pleurs « chaque jour »

Depuis que Sandra Testa a été congédiée du Centre Phi, elle a mentionné vivre un « immense cauchemar ». « Je n’ai pas d’argent qui rentre, j’habite dans le sous-sol de mes parents, je n’ai plus de voiture et tout le monde me parle du procès », a-t-elle exprimé vendredi au juge, en pleurant à chaudes larmes. « Mes parents me voient pleurer chaque jour. »

Elle a avancé que des voitures la suivent dans tous ses déplacements. Elle les voit par exemple devant la maison de ses parents, celle de sa sœur ou celle de son avocat. « Toute la journée », a-t-elle dit en pleurant, ajoutant que son avocat, MMartin André Roy, lui a d’ailleurs déjà suggéré de les signaler à la police.

« Une chance que j’ai des parents et une sœur fantastiques. Parce que mentalement, je peux vous le dire, il y a des jours très, très, très sombres », a évoqué l’ancienne assistante de Mme Greenberg, qui a ajouté avoir perdu tous ses amis à cause de cette poursuite au civil. Puisqu’elle a travaillé six ans au Centre Phi, dont elle considérait l’équipe comme une « deuxième famille », plusieurs de ses amis étaient ses collègues, a-t-elle dit.

Questionnée à propos de sa situation financière, elle a affirmé qu’elle n’avait « pas d’argent », qu’elle était endettée et qu’elle n’avait plus d’investissements. « Financièrement, je suis détruite. »

Le procès se poursuivra lundi au palais de justice de Montréal.