Les couleurs éclatantes du drapeau arménien qui ont envahi le square Dorchester, au centre-ville de Montréal, étaient bien visibles dimanche après-midi. Environ 3000 membres de la diaspora arménienne se sont réunis pour exiger du premier ministre Justin Trudeau une « condamnation ferme » des attaques de l’Azerbaïdjan sur l’Arménie et du rôle de la Turquie dans ce conflit.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Aux abords du square Dorchester, une vingtaine de policiers à vélo rappelaient aux protestataires le port du masque obligatoire aux quatre coins du petit parc. L’endroit déborde : des familles entières continuaient de se joindre à la foule une heure après le début de la manifestation. Les consignes sanitaires étaient toutefois respectées, ont assuré quelques policiers sur place.

« On veut envoyer un message au gouvernement canadien. Il faut condamner l’Azerbaïdjan. […] Le Haut-Karabakh est une nation arménienne qui a le droit à la paix et à l’indépendance », a clamé d’emblée Hrag Jinjinian, membre exécutif du Comité national arménien, qui organise le rassemblement.

L’organisation appelle aussi le gouvernement canadien à ne plus vendre d’armes à la Turquie. « Le fait que la Turquie soit impliquée dans cette guerre, ça nous fait peur. »

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), 1200 Syriens qui avaient lutté contre le régime de Bachar al-Assad ont été envoyés par la Turquie pour se battre aux côtés des forces azerbaïdjanaises contre les séparatistes du Haut-Karabakh.

« On ne veut pas que l’histoire se répète »

« Artsakh Strong », « 1915 Never Again » et « Armenian Lives Matter », pouvait-on lire sur les affiches portées à bout de bras par de nombreux manifestants.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Dans l’histoire, le monde entier est resté silencieux quand le peuple arménien se faisait massacrer. On ne veut pas que l’histoire se répète », s’inquiétait Anna Boshyan, accompagnée de son fils Robert. Le garçon de 11 ans a joint sa voix aux slogans, enveloppé par un immense drapeau arménien.

« Quand on lit les journaux, c’est comme si le Haut-Karabakh appartenait à l’Azerbaïdjan, mais ce n’est pas vrai », pense-t-elle.

Sa voix s'est nouée quand elle a évoqué les bombardements qui sévissent depuis une semaine. « Le Canada a de bonnes relations avec l’Arménie, on le répète souvent. Il est important que le gouvernement canadien dénonce ce qui se passe. On ne veut pas juste de bonnes relations en temps de paix, on les veut en temps de guerre aussi. »

Hratch Chitilian est insatisfait de la réponse du gouvernement Trudeau, qu’il juge insuffisante. Il s’est présenté avec sa femme et leurs trois enfants. « On ne peut pas rester silencieux en voyant ce qui se passe. C’est important pour moi que mes enfants le sachent, et le fait de voir beaucoup de familles ici me confirme que je ne suis pas le seul. »

Les combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais durent depuis une semaine et se sont intensifiés samedi au Haut-Karabakh. Aussi appelé République d’Artsakh, l’endroit est peuplé d’Arméniens et se trouve à l’intérieur des frontières de l’Azerbaïdjan, qui cherche à reconquérir le territoire. Depuis le début des hostilités le 27 septembre, on rapporte un peu plus de 240 morts dans le conflit.

– Avec l’Agence France-Presse