(Québec) Préoccupé que la démarche du ministère des Transports pour relancer le service aérien régional après le départ d’Air Canada « n’aboutisse à rien », le Parti québécois a réuni de son propre chef une partie des mémoires que le gouvernement refuse de diffuser pour s’assurer qu’il accouche d’une solution pérenne et consensuelle.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« Cette crise-là doit déboucher sur une solution à long terme », martèle le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau. L’élu péquiste siège au comité transpartisan formé dans la foulée de la décision d’Air Canada d’abandonner ses liaisons régionales, en juin dernier, en raison de revenus plombés par la crise sanitaire.

Il s’agit d’une occasion dont les régions éloignées ne peuvent se priver, estime M. Arseneau, alors que le monopole du transporteur aérien a souvent été décrié. « Ma préoccupation est que la montagne accouche d’une souris », a-t-il souligné en entrevue. Le « groupe d’intervention » doit se rencontrer à nouveau la semaine prochaine.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a alors promis de présenter quelques scénarios qui se dégagent de la vingtaine de mémoires, soumis à sa demande, par des acteurs de l’industrie, des élus et des groupes régionaux. Le gouvernement n’a pas voulu révéler le contenu de ces mémoires aux membres du comité, sous prétexte qu’ils contenaient des « dossiers d’affaires » et des « informations délicates ».

Pour M. Arseneau, cet argument ne tient pas la route. Le Ministère aurait, à tout le moins, pu caviarder certains passages, par exemple. Il a entrepris de récupérer chacun des mémoires en sollicitant les groupes qui les ont présentés. L’élu dit en avoir réuni une quinzaine. « Je veux éviter que cette démarche se solde par le statu quo », dit-il.

« Si on [le gouvernement] voulait vraiment en arriver à quelque chose de concret, il faudrait qu’on soit capables d’en débattre », argue le député.

Pour un « prix plancher »

L’imposition « d’un prix plancher » fait consensus à travers les mémoires consultés, assure M. Arseneau. Cette solution permettrait de mettre un frein à la « concurrence déloyale » exercée à l’époque par Air Canada et empêcherait tout nouvel acteur de faire de même. Elle aurait pour effet de stimuler une saine concurrence.

Les mémoires des villes de Sept-Îles, de Val-d’Or et de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) font notamment mention de l’urgence de mettre fin à des « guerres de prix » et aux « tactiques déloyales » qui ont eu pour effet par le passé de nuire à l’offre de services en région et au prix des billets.

On souhaite ainsi prévenir la création d’un « monopole toxique » qui menace la survie de transporteurs québécois et freine l’émergence de nouvelles initiatives visant à améliorer l’accès au service aérien et exercer une pression à la baisse sur la tarification.

« C’est à la portée du gouvernement s’il veut poser un geste à l’intérieur de sa juridiction », insiste M. Arseneau. Il croit que le fait de bonifier le Programme de réduction des tarifs aériens du gouvernement québécois est également une avenue à considérer. « Ce sont des mesures réalistes et peu coûteuses », croit-il.

De plus petits transporteurs ont pris la relève d’Air Canada depuis son départ pour assurer un service aérien dans certaines régions. C’est le cas par exemple de Pascan Aviation, d’Air Liaison et d’Air Creebec. Selon M. Arseneau, il faut que Québec joue de transparence pour que l’industrie puisse savoir « où va sa démarche ».

« Ceux qui sont là se demandent […] s’ils vont se faire couper l’herbe sous le pied, et les autres qui ont des nouveaux projets se demandent si les jeux sont faits. Est-ce qu’on va conserver le statu quo ? Il y a cet espace-là très inconfortable pour tout le monde qui prend part à cet exercice », relate M. Arseneau.

Il réclame par ailleurs la tenue d’une commission parlementaire sur la question pour que tous les acteurs soient entendus publiquement. Au cabinet du ministre François Bonnardel, on assure que toutes les options sont en ce moment sur la table.

Au terme de la deuxième rencontre avec le groupe d’intervention, le 28 août dernier, le ministre Bonnardel avait gazouillé que « la solution passe par un partenariat avec les transporteurs d’ici », ajoutant que « le réseau aérien régional pourra prendre son envol bientôt avec un nouveau modèle ».