Je ne sais pas pour vous, mais la conduite automobile à Montréal est devenue pour moi une bonne source de stress. Aux intersections, ma tête devient comme celle de la petite possédée dans The Exorcist.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

À gauche, à droite, devant, derrière, de nouveau à gauche, de nouveau à droite… Ah ! Une voiture qui vient de ce côté, un groupe de cyclistes de l’autre. Attention ! Voilà un adepte du rouli-roulant à bâbord… Et un monsieur sur son triporteur à tribord !

Pour grossir l’imposante faune de véhicules qui circulent à Montréal, voilà qu’on s’apprête à ajouter les trottinettes électriques en libre-service. Un été bourré d’action nous attend !

C’est par l’entreprise américaine Lime, une jeune pousse qui a le vent dans les voiles et qui est financée par Uber et Google, que les trottinettes électriques offertes en location devraient faire leur apparition chez nous. Ces véhicules, dont la vitesse peut atteindre 25 km/h, pourraient avoir l’autorisation de circuler au Québec dès le mois de juillet.

Montréal est la première ville canadienne choisie par Lime pour s’implanter au pays. On n’a pas voulu me donner de chiffres, mais un parc de dizaines de trottinettes sera lâché dans la métropole grâce à la collaboration de Destination Centre-Ville, la société de développement commercial de ce secteur.

La réglementation de ces trottinettes en libre-service représente un certain casse-tête pour une ville comme Montréal. En ce qui a trait aux règles de circulation, on doit se tourner du côté du ministère des Transports. On « procède présentement à des analyses en vue d’encadrer, par un projet pilote, la circulation de trottinettes électriques en libre-service, à certains endroits au Québec », m’a-t-on écrit.

De son côté, la Ville de Montréal est responsable de la question de l’entreposage et du stationnement de ces « véhicules non immatriculés en libre-service sans ancrage ». La Ville a dû se pencher sur cet aspect au cours des dernières semaines, car, contrairement aux vélos BIXI, les trottinettes en libre-service ne seront pas rassemblées autour de bornes. On a donc établi des règles claires pour éviter que l’on abandonne ces véhicules un peu partout sur le territoire de la ville.

Montréal est une ville de choix pour Lime. « On a choisi Montréal parce que c’est une ville spéciale et en raison de ses technologies vertes, m’a dit Matt Lobraico, gérant d’expansion chez Lime pour le Québec. Il y a de bonnes infrastructures pour les trottinettes. »

Matt Lobraico fait ici référence aux pistes cyclables. Il souhaite ardemment obtenir la permission du ministère des Transports de pouvoir faire rouler ses trottinettes sur le réseau cyclable de Montréal. En obtenant ce droit, on éviterait la situation vécue à Paris ces derniers mois.

Si vous êtes allés dans la Ville Lumière récemment, vous avez peut-être remarqué que la loi de la jungle avait pris le dessus. Les trottinettes surgissent de nulle part, souvent à grande vitesse.

Comme certains trottoirs parisiens sont très larges (près de la Seine et des places publiques), ces passages sont devenus des boulevards.

Afin d’éviter que les piétons « aient à raser les murs », la Ville de Paris a décidé de créer une nouvelle réglementation. Les trottinettes pourront, à compter de septembre, emprunter les pistes cyclables ou les chaussées. D’ici là, ces véhicules sont bannis.

On verra ce que l’on décidera pour Montréal, mais je vous parie que, peu importe la décision, la cohabitation sera très difficile. Les piétons (dont je fais partie) n’auront pas envie de la présence de ces engins sur les trottoirs ; même chose pour les cyclistes et les pistes cyclables, ou les automobilistes et les rues. Alors, où circuleront les trottinettes ?

Si la plupart des Montréalais font preuve de civisme, nombre d’entre eux ont un côté délinquant. Reconnaissons que nous ne sommes pas toujours sages… Une certaine anarchie est à prévoir, du moins au cours des premiers mois de l’arrivée des trottinettes.

Il n’y a jamais eu autant de véhicules en circulation au Québec. Selon un rapport remis au ministère des Transports du Québec par la SAAQ, il y a 6,6 millions de véhicules de toutes sortes sur nos routes. Un record absolu ! Cela représente 1,6 véhicule par Québécois en âge de conduire.

L’avantage avec les trottinettes électriques, c’est qu’elles sont… électriques. C’est déjà ça de pris. Mais n’empêche que ces véhicules s’ajouteront à tous les autres déjà existants. En tant que citoyens, on devra inclure cela dans notre défi quotidien qui vise la cohabitation sous toutes ses formes.

Il y a actuellement un réel engouement pour le marché de la trottinette électrique en libre-service. Les plus optimistes pensent que cette industrie sera très florissante dans quelques années. On parle de dizaines de milliards de dollars à l’horizon. À en croire certains, les villes seront bientôt envahies de trottinettes électriques. On verra bien…

En attendant, il faudrait que je me décide à faire mon virage. Je crois que la voie est enfin libre !