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L'Himalaya en famille

Dil, porteur spécialement embauché pour les enfants, a... (Photo: Isabelle Ducas, collaboration spéciale)

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Dil, porteur spécialement embauché pour les enfants, a découpé un siège avec sa machette dans un dokho, le panier d'osier conique que les Népalais portent sur leur dos.

Photo: Isabelle Ducas, collaboration spéciale

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Isabelle Ducas, collaboration spéciale
La Presse

(Pokhara, Népal) Un attroupement s'est formé autour de nous, lors des préparatifs pour notre randonnée dans le massif de l'Annapurna, au Népal. Les villageois de Nayapul voient souvent passer des randonneurs, mais rarement des petites filles de 4 et 6 ans. Que disaient-ils en népalais?

Notre guide nous l'a avoué à la fin de notre aventure : ils pensaient nous voir revenir en pleurant après une journée. C'est vrai, notre objectif était ambitieux: marcher cinq à sept heures par jour et monter jusqu'à 3000 mètres dans la montagne. Mais nous avions pris nos précautions : en plus de notre guide, Deepak, nous partions avec un porteur spécialement embauché pour les enfants, Dil, qui a découpé un siège avec sa machette dans un dokho, le panier d'osier conique que les Népalais portent sur leur dos.

Jour 1

Le parcours commence par une douce montée, le long de la rivière. Nous dînons à la terrasse d'un « restaurant » typique des montagnes népalaises : une cabane de planches où l'on cuisine au feu de bois. Le « menu » fait plusieurs pages. Nous optons pour des valeurs sûres : nouilles ou dal bhat le mets national du Népal , riz, lentilles et curry de légumes.

Les distractions ne manquent pas sur les sentiers : poules, chèvres, ânes, buffles, singes, oiseaux Nous nous adaptons au rythme des filles qui observent tout et veulent jouer avec les enfants. L'intérêt d'une randonnée au Népal, outre la vue sur les sommets enneigés de plus de 8000 mètres, c'est que les parcours traversent les villages. Nous ne sommes pas dans la nature profonde, mais dans des lieux habités où, en l'absence de routes, les sentiers sont des voies de circulation pour les villageois.

Après quatre heures de marche, nous arrivons à notre gîte pour la nuit,au village de Tikhedhunga. Le repas se prend dans la salle commune. La chambre est petite et le vent s'infiltre entre les planches mal jointes. Toutela famille partage un seul grand lit. Malgré le matelas mince et dur, nous dormons comme des bébés, blottis dans nos sacs de couchage.

Jour 2

Finie la marche de santé ! Nous devons grimper 1250 mètres pour atteindre notre prochaine étape. Ça commence par d'imposantes marches taillées dans le roc. C'est trop pour les filles : alors que la plus jeune est déjà installée dans le dokho, la plus vieille se retrouve bientôt à bout de forces. Elle termine la montéeabrupte sur les épaules de son père. Au cours des trois journées suivantes, les enfants couvriront de bonnes distances à pied, mais s'installeront à tour de rôle dans le dokho, sur les épaules de papa ou sur celles de notre guide Deepak.

Nous sommes heureux de prendre des pauses pour laisser passer des troupeaux de chèvres ou des caravanes d'ânes chargés de marchandises. Après sept heures de marche, alors que le jour baisse et que le froid s'installe, nous arrivons enfin à Ghorepani. La vue sur les pics enneigés est spectaculaire de la terrasse de notre gîte.

Jour 3

Deepak survei l le les enfa nts endormis pendant que les parents grimpent Poon Hill (3200 m), une colline qui domine le village. C'est une tradition d'aller y admirer le lever du soleil. La nuit est encore totale, le froid est mordant, le ciel étoilé est magnifique. Au sommet, il y a foule. Le spectacle est féerique. Les monts Dhaulagiri, Annapurna, Macchapuchare et d'autres majestueux sommets de 8000 mètres émergent dans le ciel aux teintes mauves, puis orangées.

Les filles dorment encore quand nous redescendons. Après un petitdéjeuner de crêpes, nous repartons sur une crête d'où nous pouvons toujours admirer les neiges éternelles.

Nous cheminons ensuite dans une forêt de rhododendrons, puis dans un ravin humide où coule une rivière tumultueuse.

Les petites randonneuses tiennent le coup. Elles s'inventent des jeux avec des bâtons ou s'imaginent être

des chèvres. En cas de fatigue, elles s'installent, telles des princesses sur leur trône, dans le dokho de Dil et lui chantent des chansons. Les parents aussi tiennent bon et essaient de ne pas penser aux dangers : sentier qui longe un précipice, roches glissantes, chiens errants, etc.

Ce soir-là, à Tadapani, les filles pleurent, prises de maux de ventre. Noustraînons dans nos bagages une trousse de premiers soins bien garnie, mais l'inquiétude nous gagne tout de même: s'il leur arrivait quelque chose de grave ? Nous sommes à deux jours de marche de lacivilisation.

Jour 4

Nos filles se réveillent de bonne humeur. Nous oublions toutes nos angoisses en déjeunant au solei l , au-dessus des nuages, devant les majestueuses montagnes. La descente commence aujourd'hui . C'est plus facile et nous en profitons pour parler avec Deepak. Nous apprenons qu'il fait partie de la caste des dalits (intouchables),

historiquement victimes de discrimination au Népal, comme en Inde. Il nous raconte les problèmes qu'il

a dû surmonter pour pouvoir s'instruire. Même si le système de castes est aujourd'hui interdit, les dalits peinent toujours à trouver un logement et du travail.

Arrivés assez tôt au village, nous nous baladons dans ses rues en pente. Des enfants népalais entraînent nos filles dans leurs jeux.

Jour 5

Après quatre jours de marche, les enfants gambadent dans le sentier. Nous descendons presque toute la journée, sans avoir besoin des services de Dil.

On se sent zen après cinq jours dans la montagne, loin des voitures, du bruit et de l'agitation. Nous n'avions rien d'autre à faire que de parler avec nos enfants, admirer les montagnes et lancer des « namaste ! » aux villageois que nous croisions. Cette aventure familiale ne fut pas de tout repos, mais nos efforts en valaient la peine !

Pokhara, point de départ des randonnées, possède un aéroport. Le vol Katmandou-Pokhara dure moins d'une heure et coûte environ 200$ par personne, aller-retour. En autocar, il faut compter sept à huit heures, sur une route qui donne le tournis.

> Plusieurs agences de trekking, à Katmandou ou à Pokhara, proposent des forfaits, dont les coûts et la qualité varient. Pour notre famille de quatre, cinq jours de randonnée ont coûté 700$, incluant un guide, un porteur, tous les repas et l'hébergement en montagne, deux nuits d'hôtel à Pokhara et le transport en autocar entre Katmandou et Pokhara.

> Sacs de couchage, vêtements chauds et équipements de randonnée peuvent être loués sur place.

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