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Inde: au royaume du tigre

Quand on pense safari, c'est immédiatement l'Afrique et non pas l'Inde qui nous... (PHOTO PATRICE HALLEY, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE)

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Patrice Halley

Collaboration spéciale

La Presse

Quand on pense safari, c'est immédiatement l'Afrique et non pas l'Inde qui nous vient à l'esprit. Pourtant, un safari dans les paysages qui ont inspiré Rudyard Kipling restera une expérience mémorable, surtout si l'on se souvient que tout ce qui est indien (tigres inclus) n'est pas forcément poli, accueillant et... végétarien.

Il est à peine 6h du matin et l'aube pourpre irise déjà l'horizon. L'atmosphère est mystérieuse, voilée par des rubans de brume et de fumées épicées provenant des villages environnants. Pourrons-nous enfin apercevoir le fameux tigre du Bengale? Installés dans une Jeep confortable et spacieuse, au milieu des ficus géants du parc de Bandhavgarh, qui ressemblent à de gigantesques pieds d'éléphant, nous commençons l'attente.

La forêt s'éveille timidement avec le cri lugubre d'un singe. Un cerf samba traverse la piste. Les animaux commencent à bouger avant que la chaleur du jour ne déploie son implacable emprise. Malgré son milliard d'habitants, l'Inde possède encore d'immenses territoires où la nature est reine. Le réseau de parcs établi en 1972 par Indira Gandhi pour sauvegarder la faune est peuplé de sambas, d'éléphants sauvages, de panthères, de rhinocéros et des derniers lions d'Asie. Mais c'est indéniablement grâce à Jim Corbett, chasseur britannique devenu environnementaliste, que le tigre du Bengale existe encore de nos jours. En 1936, Corbett a participé à la création du premier territoire protégeant son habitat naturel et un safari en Inde ne serait pas une expérience mémorable si on n'en rencontrait pas un, face à face.

Pour satisfaire le désir de leurs clients de voir le fameux tigre, la plupart des guides choisissent de parcourir le plus de terrain possible. Dès l'ouverture de la barrière du parc, une horde bourdonnante de jeeps s'élance sur les pistes poussiéreuses. Hada, notre guide, préfère quant à lui la technique de l'affût à celle dite du «shoot and run».

Depuis une heure, nous sommes postés près d'un point d'eau. Durant quelques jours, notre guide-naturaliste a observé ici une tigresse. Il tente maintenant de percer le langage de la forêt, le système d'alarme des animaux qui s'avertissent de la progression de la prédatrice. Pour observer l'animal dans son intimité, il faut être patient, c'est la seule façon de pouvoir observer le félin royal, qui peu à peu devient indifférent à la présence humaine et reprend son comportement naturel.

Après une attente interminable ponctuée de quelques cris d'alarme provenant d'oiseaux inconnus ou de singes nerveux, Hada chuchote d'un ton triomphant: «Je savais qu'elle viendrait, c'est son terrain de chasse préféré!» Elle, c'est une magnifique tigresse qui navigue précautionneusement au travers des hautes herbes dorées. Cherchant à isoler sa proie, elle avance silencieusement le long de la berge. La tigresse, complètement consciente de notre présence, nous ignore. Ses rayures noires ondulent gracieusement sur sa robe orangée, le camouflage est parfait. Après une longue approche, elle se prépare à l'assaut.

Pris dans un espace temporel qui ne nous appartient plus, attentifs au moindre mouvement, nous retenons notre souffle. L'animal reste figé dans les herbes. Finalement, le prédateur bouge, mais l'attaque ne viendra pas. La proie, un cerf samba, a senti la menace. Il se précipite dans l'eau du lac, mettant fin à la tentative du tigre qui, bien que bon nageur, n'est pas dans son élément. Beau joueur, il se retire dans les hautes herbes.

Le soleil s'éloigne timidement derrière un rideau de poussière, c'est l'heure de rentrer au lodge.

Dans le Livre de la jungle

Le décor du parc national de Khana, lieu de notre séjour, est complaisant... pour le tigre. Les généreux bouquets de bambou et de sal, un arbre aussi robuste que le teck, offrent un refuge idéal au maître incontesté du parc qui y trouve la toile de fond idéale pour un camouflage presque inégalable. C'est d'ailleurs sur cette toile que Kipling a esquissé son fameux Livre de la jungle.

Mais on ne trouve pas que de l'inspiration à Khana, il y a aussi de la poussière et de la sueur. C'est un endroit sauvage, un paradis pour tigres, et l'observation de l'insaisissable animal s'y mérite encore plus que partout ailleurs. Au détour d'un sentier, un troupeau de gaurs, le bison indien, nous montre sans façon qui est le maître de la route. Nonchalants, déambulant éparpillés sur la piste, ils nous forcent à prendre le fossé! La Jeep Tata ne fait pas le poids. Nous plongeons dans la forêt luxuriante, résignés et quelque peu inquiets. Soudain, un tigre bondit devant le véhicule! Tout juste le temps d'attraper l'appareil-photo pour prendre quelques clichés, mais le tout n'aura duré que quelques secondes.

Après notre sortie de route involontaire, nous reprenons un chemin de terre. Les pistes s'enfoncent partout dans la forêt, chacune ayant sa propre identité et son lot de découvertes imprévues: une cigogne géante, un loup roux, des chevreuils des marais ou une meute de chiens sauvages en patrouille. Khana maintient sa réputation, les animaux y abondent et, au milieu de prairies aux herbes flamboyantes, nous observerons 11 tigres dans la même journée!

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