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Corée du Sud: Séoul vend le bien-être

À Séoul, on retrouve des salons d'esthétique d'un... (Photo Violaine Ballivy, La Presse)

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À Séoul, on retrouve des salons d'esthétique d'un luxe inouï, comme celui de la maison Sulwhasoo, splendide travail de la firme Neri & Hu Design, en plein coeur d'un quartier qui exulte l'opulence.

Photo Violaine Ballivy, La Presse

Séoul, la mégapole qui ne dort jamais, où des centres commerciaux sont ouverts nuit et jour et l'obscurité n'est jamais totale, troublée par des millions de néons incessants, essaie maintenant d'attirer les touristes en leur promettant qu'elle est l'endroit idéal pour se reposer ou se refaire une santé.

La maison Sulwhasoo a été conçue pour rappeler la structure... (Photo Violaine Ballivy, La Presse) - image 1.0

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La maison Sulwhasoo a été conçue pour rappeler la structure d'une lanterne, avec des cloisons formées par un élégant quadrillage de tiges de laiton reflétant une lumière dorée, chaleureuse.

Photo Violaine Ballivy, La Presse

Ils sont là, bien alignés autour du stand de l'Organisation du tourisme de Corée, accueillant les visiteurs à leur arrivée à l'aéroport d'Incheon desservant Séoul ; en anglais, en russe, en chinois et même en français, formant une petite armée de dépliants vantant la qualité des soins de santé offerts au pays.

On y explique notamment que des « centres d'information de tourisme médical » ont été déployés dans les deux plus importantes villes du pays et à l'aéroport, où un personnel médical peut effectuer des examens de routine et mener certains traitements de base, sans rendez-vous préalable. Puis, on fait la promotion d'un portail internet où il est possible de planifier des soins plus poussés, comparer les services entre les cliniques, etc.

Vous n'avez pas de problème de santé ? On vous propose aussi un large éventail d'interventions chirurgicales et de traitements esthétiques, puis toute une gamme de soins destinés à régler toutes sortes de maux que l'on associe au rythme de vie stressant des grandes villes puisqu'après tout, Séoul, avec ses 10 millions d'habitants, en connaît un rayon dans ce domaine.

Bref, alors que le pays ne manque pas d'attraits bien concrets pour appâter les visiteurs - musées modernes, palais pluricentenaires, etc. -, c'est de l'impalpable, une promesse de « bien-être », qu'on leur vend ces jours-ci.

D'ailleurs, ce n'est pas le ministère de la Santé qui est associé à ces activités, mais bel et bien celui du Tourisme.

Les pays d'Asie voisins et la Russie sont les premiers ciblés pour ce marché, mais « nous avons commencé à développer ce marché au Canada depuis que la mode des soins de beauté coréens a frappé l'Amérique du Nord », il y a un peu plus d'un an, note Randy Snape, directeur du marketing de l'Organisation du tourisme de Corée au Canada. 

DIVERSIFICATION

Pascale Marcotte, professeure au département de géographie de l'Université Laval et spécialiste des pratiques en tourisme, remarque aussi que la Corée n'a pas eu d'autre choix que de diversifier ses marchés au début de 2017, quand la Chine a décidé d'interdire les voyages organisés à ses ressortissants (une mesure susceptible de priver la Corée d'au moins 4 millions de visiteurs) pour protester contre l'installation prévue d'un système américain de défense antimissile (mesure levée le mois dernier). « C'était une perte énorme », remarque Mme Marcotte.

En Amérique du Nord, les femmes de 18 à 40 ans sont les premières visées par ces campagnes de séduction, note Randy Snape, alors qu'on espère que leur intérêt pour les cosmétiques coréens (propulsé par l'arrivée en Amérique du Nord des géants coréens comme Innisfree ou The Face Shop) se traduira par un engouement pour la Corée de manière plus large.

RITES ET TRADITIONS

Pour l'étranger, a fortiori occidental, ce sont les pratiques faisant appel aux traditions, aux rites pratiqués depuis des générations, qui promettent de susciter le plus d'intérêt, à la faveur d'une plus grande originalité. Le plus accessible, lors d'un séjour à Séoul, est de tester un jjimjilbang, l'un de ces vastes bains publics traditionnels, ouverts 24 heures sur 24, où l'on va se prélasser en profitant de saunas, baignoires à remous, piscines fraîches et services de massothérapie.

Ces bains sont généralement répartis sur plusieurs étages, on y sépare les hommes et les femmes, et les droits d'entrée sont abordables (certains coûtent aussi peu que 8 $).

« Ma mère y va au moins une fois par semaine, mais dans ma génération, c'est plutôt une fois par mois. Mais on y va aussi pour dormir, quand on termine trop tard au travail et qu'on n'a pas le temps de rentrer dormir à la maison. C'est beaucoup moins cher qu'une chambre d'hôtel. »

- Mi Jing Yang, guide touristique dans la mi-trentaine

À l'extrême opposé, on retrouve des salons d'esthétique d'un luxe inouï, comme celui de la maison Sulwhasoo, splendide travail de la firme Neri & Hu Design, en plein coeur d'un quartier qui exulte l'opulence.

L'édifice a été conçu pour rappeler la structure d'une lanterne, avec des cloisons formées par un élégant quadrillage de tiges de laiton reflétant une lumière dorée, chaleureuse, au graphisme un poil hypnotisant. Les traitements y ont un prix - la carte affiche des tarifs autour de 250 $ pour un soin du visage. L'Organisation du tourisme de la Corée en fait la promotion en soulignant que les ingrédients dans la fabrication des cosmétiques - le ginseng, par exemple - font partie de la tradition coréenne d'utilisation des plantes médicinales.

C'est aussi pour ces raisons que l'Organisation du tourisme recommande une clinique spécialisée dans les traitements du cuir chevelu - avec des herbes traditionnelles - , des cours de « thérapie par le thé », où l'on prône le recours aux infusions d'herbes pour soigner divers maux ou encore un spa où tout tourne autour du cyprès, un arbre auquel on prête ici de grands bienfaits.

« On vit beaucoup de pression, ici, pour bien paraître, note Mi Jing Yang. Même les hommes, jeunes, se maquillent. Nos parents avaient la pression de gagner leur vie et de réussir professionnellement. Nous, il faut avoir l'air jeune et en santé longtemps. Alors, on a une bonne expertise pour les soins de santé et de beauté, qui peut intéresser les étrangers. »

Reste à savoir combien de Canadiens seront prêts à enfiler une douzaine d'heures de vol pour se rendre jusqu'en Corée pour y profiter de soins liés à la santé ou au bien-être. L'Organisation du tourisme de Corée compilera dans les prochains mois ses premières statistiques sur le sujet.

Une partie des frais de voyage de ce reportage a été payée par l'Organisation du tourisme de Corée.




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