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Peut-on se payer du luxe dans un pays pauvre?

Des études ont démontré que 90% des dépenses... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Des études ont démontré que 90% des dépenses que font les touristes voyageant avec des forfaits de type tout inclus, ou dans des établissements appartenant à des consortiums étrangers ne profitent pas à l'économie locale.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

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Près d'un Indien sur trois vivait, en 2005, avec moins de 2$ par jour, souvent privé d'accès à l'eau potable et à l'électricité. Une situation à des années-lumière des conditions offertes dans les hôtels ultraluxueux situés parfois à quelques pas de chez eux... Peut-on vraiment se payer un 5 étoiles, au zénith du confort, dans un pays du tiers-monde ou en voie de développement? Réflexion sur une question hautement délicate, pour touristes avertis.

«De prime abord: oui, on peut se payer du luxe partout. Il n'y a aucune raison de dresser une liste de pays où l'on pourrait le faire et d'autres où l'on ne le pourrait pas, ce serait injuste», tranche Louis Jolin, directeur du département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM. Après tout, d'un point de vue strictement économique, le tourisme peut représenter un levier de croissance extraordinaire pour les pays les plus pauvres. «Ils ont même encore plus de raisons que les autres de miser sur cette industrie, potentiellement hautement lucrative», note Dorothée Boccanfuso, professeure au département d'économie à l'Université de Sherbrooke.

Le hic, c'est qu'il est faux de conclure que plus un touriste dépense, plus la population s'enrichit, note Marie-France Turcotte, professeure au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l'UQAM. Au contraire, des études ont démontré que près de 90% des dépenses que font les touristes voyageant avec des forfaits de type tout-inclus, ou dans des établissements appartenant à des consortiums étrangers ne profitent pas à l'économie locale. La nourriture servie dans les restaurants est importée - tout comme les chefs cuisiniers - pour mieux répondre aux normes internationales qu'exigent les clients. Idem pour les meubles, les appareils électriques et les autres fournitures des hôtels. Bref, le bourlingueur à petit budget est souvent aussi rentable pour l'économie locale que le touriste qui dépense sans compter.

Penser local

«Si l'on voyage avec une certaine conscience éthique, il faut d'abord penser «local» et utiliser le plus grand nombre de services offerts directement par la population», conseille Marie-Andrée Delisle, auteure du livre Un autre tourisme est-il possible?. Une approche que favorise l'internet, car il permet plus facilement d'embaucher un guide ou de réserver un hôtel géré par des intérêts locaux.

«Les touristes ont aussi le pouvoir de faire changer les pratiques des grands groupes hôteliers internationaux pour que leur impact local soit plus grand», ajoute Mme Turcotte. Ils peuvent entre autres exiger qu'on leur serve des spécialités locales et poser des questions sur le pourcentage d'employés locaux et choisir les établissements qui font meilleure figure.

«S'informer permet d'être conscient de tous les gestes que l'on fait», indique Louis Jolin. «Est-ce que l'on doit prendre de longues douches si l'on sait que le pays manque d'eau? Utiliser plusieurs appareils si l'électricité est rationnée pour la population? Il faut s'interroger à tout moment», dit-il.

Le temps

Être un voyageur responsable, c'est aussi une question de «temps», note Bernard Schéou, professeur à l'Université de Perpignan et auteur du livre Du tourisme durable au tourisme équitable. Le temps de préparer son voyage pour mieux connaître la culture de l'autre, le temps d'aller rencontrer l'étranger et de découvrir sa réalité. Et pour cela, il faut prendre le temps de sortir de son hôtel étoilé.

Plusieurs voyagistes offrent désormais des visites dans les quartiers les plus pauvres ou certains programmes de développement social pour découvrir la réalité plus sombre des pays visités, rarement mise de l'avant par les offices de tourisme. «Mais il ne faut pas y aller en tant que voyeur!» dit Marie-Andrée Delisle, qui conseille de faire affaire avec une agence locale en s'assurant que la population a donné son aval et en tirera des bénéfices.

Mathieu Boisvert, lui, estime que cela ne suffit pas. «Ça peut être parfois très facile de se donner bonne conscience en distribuant quelques chocolats, quelques crayons et quelques vêtements. Ce n'est pas suffisant. Il faut réaliser que l'impact des touristes est immense sur les populations locales.» Ce professeur de l'UQAM, spécialiste des études asiatiques, est revenu bouleversé de son dernier voyage au Népal, frappé par les conséquences de la progression d'un tourisme de plus en plus luxueux.

«On est en train de dénaturer le pays. On construit des routes qui ne profiteront jamais à la population locale.» Les touristes défilent avec leurs bottes à 500$ chez des gens qui ne gagnent même pas ça dans une année. «On crée des besoins, des idéaux et des frustrations», dit-il. Sans faire une croix sur son prochain voyage, prévu en 2011 avec des étudiants, il songe sérieusement à limiter ses prochains déplacements en Asie.

«Il n'y a pas de tourisme parfait ni sans impact, mais il ne faut pas mettre une croix sur les voyages, tempère Mme Delisle. Ce sont aussi des moyens extraordinaires de s'ouvrir sur le monde et de réaliser, ensuite, la chance que l'on a.»

Quelques lignes de conduite à suivre

Soucieux de l'attitude à adopter au cours de votre prochain voyage? Voici quelques codes d'éthique à suivre:

> Code d'éthique de l'Organisation mondiale du tourisme: www.unwto.org/ethics/index.php

> Code d'éthique des guides de voyage Lonely Planet, en français: www.lonelyplanet.fr/_htm/charte

> Charte des guides de voyage du Routard, en français: www.routard.com/planete_coulisse.asp? page=charte

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