Cryogénisation: une vie après la mort?

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Les corps sont placés dans un réservoir d'azote liquide à -196 degrés Celsius avec l'espoir de pouvoir, un jour, les ramener à la vie.

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Sheryl Ubelacker
La Presse Canadienne
TORONTO

Traditionnellement, il existe deux façons de disposer du corps après le décès: le placer dans un cercueil et l'enterrer ou l'incinérer et mettre les cendres dans une urne.

Mais certaines personnes optent maintenant pour un troisième moyen: préserver leur corps ou leur cerveau dans de l'azote liquide dans l'espoir de pouvoir un jour revenir à la vie, leur mémoire et leur personnalité intactes.

«Je crois que mon identité est enregistrée dans mon cerveau», affirme Carrie Wong, présidente de la Lifespan Society of British Colombia, un groupe qui fait la promotion de la cryogénisation et milite pour qu'elle demeure accessible.

«Alors, si je peux préserver cela, peut-être qu'il y aura un moment dans le futur où la technologie et la médecine auront suffisamment progressé pour qu'il soit possible, d'abord, de réparer les dommages causés par ma congélation et, ensuite, de remédier à ce qui m'a tuée», explique la jeune femme de 27 ans, qui reconnaît toutefois qu'il pourrait s'écouler des centaines d'années avant qu'un tel dénouement survienne.

Cette idée que quelqu'un puisse être congelé et plus tard «réanimé» a été énoncée pour la première fois en 1964 dans le livre The Prospect of Immortality écrit par le professeur de physique et écrivain de science-fiction américain Robert Ettinger.

La première personne à avoir été cryogénisée est le Dr James Bedford, un professeur de psychologie de la Californie âgé de 73 ans dont le corps a été plongé dans de l'azote liquide en 1967 dans les installations de l'Alcor Life Extension Foundation à Scottsdale, en Arizona.

Le plus célèbre «patient» d'Alcor est sans doute la légende du baseball Ted Williams. La tête de l'ancien joueur des Red Sox a été prélevée et cryogénisée après son décès à l'âge de 83 ans en 2002.

Une fois qu'une personne est déclarée légalement morte, son corps est refroidi dans un bain de glace et branché à une machine qui maintient artificiellement la circulation sanguine et la respiration, en plus d'injecter au «patient» des anticoagulants et d'autres médicaments visant à éviter que son cerveau ne manque d'oxygène.

Le sang et les autres fluides sont ensuite retirés et remplacés par un cocktail de produits chimiques cryoprotecteurs. Ce processus, appelé «vitrification», sert à prévenir la formation de cristaux de glace dans les cellules.

Puis, la température du corps est de nouveau abaissée avant qu'il ne soit placé dans un réservoir d'azote liquide à -196 degrés Celsius.

En raison de la nature spéculative de la cryogénisation, très peu de neuroscientifiques n'ont osé se pencher sur le sujet.

Ken Hayworth, un chercheur du Howard Hughes Medical Institute en Virginie, fait partie de ces téméraires.

«S'il existe une manière de préserver le corps afin que les gens puissent voir le futur, ce serait une belle solution de rechange à la mort telle que nous la connaissons», soutient M. Hayworth, qui se spécialise dans les circuits neuronaux du cerveau liés à la mémoire et est le cofondateur de la Brain Preservation Foundation, qui encourage la recherche scientifique dans le domaine.

La fondation offrira d'ailleurs un prix en argent, qui s'élève pour le moment à 106 000 dollars américains, aux scientifiques qui réussiront à améliorer suffisamment les techniques de cryogénisation pour assurer le maintien des circuits neuronaux durant le processus.

Bien sûr, la prochaine étape consistera à trouver un moyen de renverser la vitrification et de ramener la personne à la vie, un cap qui ne sera pas franchi avant 50 ou 100 ans, estime Ken Hayworth.

Pour Tim Caulfield, un expert en droit de la santé de l'Université de l'Alberta, la cryogénisation soulève beaucoup de questions sur le plan légal et éthique.

«Qu'arrivera-t-il si l'entreprise fait faillite dans 10, 15 ou 25 ans? Qu'adviendra-t-il des corps? Qui a autorité sur eux?», demande-t-il.

Et si les scientifiques du futur réussissent à décongeler un «patient» et à le ressusciter, quelle sera la qualité de vie de ce dernier? Que se passera-t-il si cet individu se retrouve avec des problèmes cognitifs ou physiques? Pourra-t-il poursuivre la compagnie?

«Actuellement, cette science relève beaucoup de la spéculation, fait valoir M. Caulfied. D'où le questionnement sur la pertinence de vendre ces services aux gens et de les convaincre d'investir une part importante de leurs économies dans ce projet.»

Afin de protéger les consommateurs, la Colombie-Britannique est devenue la première juridiction nord-américaine à interdire la promotion de services offrant aux clients d'être ressuscités dans le futur, une loi que la Lifespan Society a entrepris de contester devant un tribunal provincial.

Keegan Macintosh, le codemandeur de la poursuite, croit qu'il a le droit de décider ce qui arrivera à son corps après son décès.

Et même si la cryogénisation n'en est encore qu'à ses balbutiements, M. Macintosh pense que c'est un pari qui mérite d'être pris.

«Peut-être que les chances ne sont pas très grandes, mais je trouve qu'elles le sont assez pour que je place mon jeton sur cette case», conclut-il.

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