À Paris, l'opposition iranienne fourbit ses armes

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Maryam Radjavi, la «présidente de la république» iranienne... (Photo: Reuters)

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Maryam Radjavi, la «présidente de la république» iranienne désignée par le Conseil national de la résistance.

Photo: Reuters

<p>Arrivé dans la capitale française au tout début des années 1970, Louis-Bernard Robitaille est de le doyen des correspondants québécois en France.</p>

Louis-Bernard Robitaille
La Presse

(PARIS) «Si la communauté internationale ne prend pas les moyens pour interrompre le programme nucléaire iranien et si elle ne fait pas cesser l'exportation du terrorisme en Irak, à Gaza et au Liban, il pourrait y avoir une troisième guerre mondiale...»

Maryam Radjavi, la «présidente de la république» iranienne désignée par le Conseil national de la résistance - un regroupement d'organisations opposées au régime iranien - ne mâche pas ses mots.

 

Devant une centaine de journalistes conviés à sa première apparition publique depuis des années, elle accuse le régime de Téhéran d'être «une dictature religieuse qui vise à la domination du monde».

Pour elle, l'élection présidentielle en Iran en juin n'est qu'un «show électoral», et la candidature autorisée du «libéral» Khatami n'est qu'un leurre.

«Cela reflète bien sûr les dissensions au sein de la direction religieuse, dit-elle, mais quel que soit le candidat élu, il ne sera qu'un jouet entre les mains du guide suprême Khamenei. Il est possible que celui-ci joue la carte Khatami pour amadouer l'administration Obama. C'est-à-dire gagner du temps. Ce régime est incapable de réformes.»

Maryam Radjavi est également codirigeante de l'Organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI), considérée comme le principal mouvement de résistance iranien. Or ce mouvement, dit-elle, «a été l'objet d'une grave injustice, notamment de la part de la France, qui espère peut-être amadouer le régime des mollahs, et faciliter l'obtention de contrats».

En juin 2003, sous prétexte d'activités «terroristes», 1300 policiers français avaient opéré une rafle géante au quartier général de l'OMPI à Auvers-sur-Oise, en région parisienne. Maryam Radjavi et 163 autres militants avaient été arrêtés, et certains détenus de longs mois. Près de six ans plus tard, 23 personnes restent toujours accusées d'activités terroristes, sans qu'aucune date ait été fixée pour un éventuel procès. Entre-temps, le 26 janvier dernier, l'Union européenne a officiellement radié l'OMPI de la liste des organisations terroristes. D'où cette remarque de l'avocat de l'OMPI William Bourdon: «Le dossier de l'accusation est vide. Le seul argument, c'était cette qualification de ''terroriste'' accolée aux moudjahidine, et qui n'existe plus.»

Autre sujet d'inquiétude: «Khamenei a réclamé publiquement de l'Irak l'expulsion des 3500 militants de l'OMPI installés depuis plus de 20 ans à Achraf. Ceux-ci risqueraient alors d'être livrés à la dictature des mollahs et massacrés. La décision dépend en grande partie des autorités américaines. Ce que nous demandons à l'Occident, c'est de rester neutre entre le peuple iranien et le fascisme religieux au pouvoir.»

 *** 

 

Vedette de la résistance

«Vedette « incontestable de la résistance iranienne, Maryam Radjavi, née en 1953, diplômée de Polytechnique, a rejoint dès l'université l'OMPI et la résistance clandestine au régime du schah jusqu'à sa chute début 1979. Rapidement les Moudjahiddine sont passés à l'opposition radicale à Khomieny et ont été victimes d'une répression féroce. Deux des soeurs de Maryam et son premier mari ont été exécutés.

Réfugiée en France en 1982, elle épouse peu après le chef de l'OMPI, Massoud Radjavi, lui aussi en exil. En guise de concession aux mollahs, la France expulse ce dernier en 1986. Il trouve refuge en Irak, où Saddam Hussein lui concède un territoire limitrophe de l'Iran, le «camp d'Acharaf «. D'où il mènera quelques opérations militaires ou des attentats jusqu'en 2001. À l'arrivée des Américains en 2003, les quelque 3500 militants sont privés de leur armement lourd, mais tolérés. On a reproché à l'OMPI ses méthodes autoritaires et son culte de la personnalité, mais le mouvement prône clairement l'établissement d'une démocratie pluraliste, la séparation de la religion et de l'État et l'égalité des sexes.

 

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