Le «oui» à l'indépendance de la Catalogne l'emporte à 90%

Le référendum du 1er octobre en Catalogne a... (Photo Emilio Morenatti, AP)

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Le référendum du 1er octobre en Catalogne a ouvert une crise politique majeure entre les séparatistes au pouvoir en Catalogne et le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

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Michaela CANCELA-KIEFFER, Guillaume DECAMME
Agence France-Presse
MADRID

Le «oui» à l'indépendance de la Catalogne l'a emporté avec 90,18% des suffrages au référendum d'autodétermination organisé le 1er octobre, selon les résultats définitifs transmis vendredi au parlement régional par le gouvernement catalan.

Le «oui» à l'indépendance a obtenu 2,044 millions de voix, le «non» 177 000 (7,83%), pour taux de participation de 43,03%.

Le gouvernement catalan précise qu'il y avait 5,3 millions d'électeurs sur ses listes, sur 7,5 millions d'habitants. Les votes blancs représentent 2% (44 000 voix). Il y a eu 19 000 votes nuls.

Le président séparatiste de Catalogne Carles Puigdemont a souvent souligné que les Espagnols avaient adopté la Constitution européenne avec 42% de taux de participation.

Une fois que ces résultats auront été officiellement proclamés, la loi de référendum donne 48 heures pour que l'indépendance soit formellement déclarée au parlement catalan, où les indépendantistes sont majoritaires.

Les Catalans devaient répondre à la question suivante: «Voulez-vous que la Catalogne devienne un État sous forme de République?»

Ce scrutin a cependant été boycotté par les partis opposés à l'indépendance, qui le jugeaient illégal et sans légitimité.

Il n'a en outre pas été assorti des garanties traditionnelles qui entourent ce genre de consultation. Il était dépourvu de recensement électoral transparent, il n'y a pas de commission électorale catalane, car celle-ci avait démissionné en bloc pour éviter de coûteuses amendes de la Cour constitutionnelle, et le décompte n'a pas été mené par un organisme indépendant.

Enfin, le jour du scrutin, des policiers sont intervenus dans une centaine de bureaux au moins, dans certains cas avec brutalité, à coups de matraque et de boucliers, pour déloger les militants qui «protégeaient» les bureaux et empêcher le référendum, scandalisant l'opinion.

Cependant, dès dimanche soir Carles Puigdemont avait affirmé, sur la base de résultats partiels, que les Catalans avaient gagné «le droit d'avoir un État indépendant sous forme de République».

Il souffle depuis le chaud et le froid, lançant aussi des appels à une médiation internationale pour permettre de négocier un véritable référendum, en bonne et due forme, avec le gouvernement de Mariano Rajoy.

Les résultats n'ont pas été formellement proclamés dans l'immédiat et on ignorait vendredi quand cela serait le cas et sous quelle forme. Et le délai de 48 heures fixé par la loi n'est pas clair puisque la loi ne précise pas s'il s'agit de jours ouvrés ou ouvrables.

«Un cessez-le-feu» symbolique demandé

À la mi-journée, alors que le chef du gouvernement Mariano Rajoy réunissait son conseil des ministres, le président catalan Carles Puigdemont a annoncé qu'il repoussait son intervention devant le Parlement catalan, initialement prévue pour lundi.

Les séparatistes envisageaient une déclaration d'indépendance unilatérale au cours de cette séance.

Cette annonce de M. Puigdemont pourrait être interprétée comme un geste, puisqu'il ne cherche pas à tout prix à maintenir la séance de lundi en dépit de son interdiction par la Cour constitutionnelle. Elle pourrait aussi viser à gagner du temps, en raison de divisions dans son camp.

Elle intervient après des déclarations du responsable des Entreprises au sein du gouvernement catalan, Santi Vila, réputé proche du président régional, où il réclame «un cessez-le-feu» symbolique au gouvernement.

«Cela signifie que dans les prochaines heures et jours, nous ne prenions pas des décisions qui pourraient être irréparables», a-t-il expliqué.

Nouvel appel au dialogue

Puis, à l'attention des indépendantistes, il a appelé à «réfléchir et savoir clairement si la précipitation ne risque pas d'abîmer le rêve et de gâcher un projet (d'indépendance) n'ayant jamais été si proche».

Ces déclarations se produisent alors que les tensions entre Madrid et Barcelone ont plongé l'Espagne dans sa plus grave crise politique depuis son retour à la démocratie en 1977.

Une crise qui divise la Catalogne, où vivent 16% des Espagnols et où selon les sondages la moitié de la population n'est pas indépendantiste.

L'impasse semble pour l'instant totale et Madrid écarte toute possibilité de médiation.

«Pour dialoguer, il faut rester dans la légalité», a déclaré jeudi M. Rajoy. Une position rappelée vendredi par le porte-parole du gouvernement Inigo Mendez de Vigo.

Ce dernier a lancé une piste en appelant les dirigeants catalans à dissoudre leur parlement et à convoquer des élections régionales. Ce geste permettrait, selon Mendez de Vigo, de «commencer à refermer la plaie».

L'instabilité dans cette région alarme les Espagnols, mais aussi l'Europe.

Une déclaration d'indépendance «serait une folie», a estimé l'ancien Premier ministre français Manuel Valls, originaire de Barcelone, ajoutant que cette démarche ouvrirait une «boîte de Pandore» des projets séparatistes en Europe.

Les séparatistes envisagent de déclarer l'indépendance après la publication des résultats définitifs du référendum du 1er octobre, qu'ils estiment déjà avoir remporté avec près de 90% des suffrages et 42,3% de participation.

Ils pourraient chercher à profiter de l'élan favorable dans l'opinion catalane, scandalisée par les violences policières ayant émaillé la consultation, qui ont fait au moins 92 blessés.

Le préfet, principal représentant de l'État en Catalogne, a pour la première fois présenté des excuses vendredi au nom des forces de l'ordre.

Parallèlement, à Madrid, la justice a entendu le chef de la police catalane, son adjointe et les dirigeants des deux principales associations indépendantistes pour des faits de «sédition» lors de manifestations remontant aux 20 et 21 septembre.

Josep-Lluis Trapero, Jordi Sanchez (Assemblée nationale catalane) et Jordi Cuixart (Omnium) sont ressortis libres, le parquet n'ayant pas requis leur placement en détention. «Il faut accepter la réalité, il y a un conflit politique, qui ne peut se résoudre que par la voie politique», a jugé Jordi Cuixart.

Banques et FMI

Depuis le début de la crise, la justice a réagi avec fermeté. Le Tribunal constitutionnel a interdit le référendum puis suspendu jeudi la session annoncée pour lundi du Parlement catalan.

La crise politique a contaminé le secteur économique: Caixabank, première banque de Catalogne et troisième d'Espagne, doit décider vendredi si elle déménage son siège social hors de la région.

Jeudi, Banco Sabadell, deuxième banque de Catalogne, a annoncé le transfert de son siège social à Alicante (sud-est), après la dégringolade de son cours en Bourse.

Les banques craignent les conséquences d'une éventuelle sortie de la Catalogne de la zone euro au cas où son indépendance serait proclamée.

Le Fonds monétaire international (FMI) a lui aussi émis des craintes: «les tensions et l'incertitude (...) pourraient peser sur la confiance et les décisions d'investissement».

Parmi les armes du gouvernement figure la suspension de l'autonomie régionale dont jouit la Catalogne, une mesure que le gouvernement central n'exclut pas et que réclament des voix de plus en plus nombreuses en Espagne. Mais une telle suspension échaufferait encore davantage les esprits en Catalogne, risquant de déclencher une spirale de violence.




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