La Norvège, premier pays au monde à débrancher sa FM

Si 74 % de la population est déjà équipée... (photo Berit Roald, scanpix/REUTERS)

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Si 74 % de la population est déjà équipée d'au moins un appareil permettant de capter le signal numérique, seules un tiers des voitures individuelles peuvent aujourd'hui recevoir la RNT.

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Pierre-Henry DESHAYES
Agence France-Presse
OSLO

La Norvège va devenir mercredi le premier pays au monde à débrancher progressivement sa radio FM au profit du numérique, une transition diversement suivie ailleurs en Europe.

Selon ses promoteurs, la Radio Numérique Terrestre (RNT) améliore la qualité du son, accroît le nombre de chaînes et de contenus et enrichit les fonctionnalités à un coût de diffusion huit fois moins élevé que la vieille FM (modulation de fréquence), lancée en 1945 aux États-Unis.

Diffusée par voie hertzienne, la RNT (ou DAB en anglais, Digital Audio Broadcasting) offre une meilleure couverture sur le territoire, permet de réécouter une émission (podcast) et de diffuser plus facilement les messages d'alerte en cas de catastrophe ou de situations d'urgence, font aussi valoir les autorités.

« La grande différence et la principale raison derrière cette grande mutation technologique, c'est que l'on veut offrir une meilleure offre radio à toute la population », explique Ole Jørgen Torvmark, le chef de Digitalradio Norge, société détenue par des acteurs professionnels (NRK et la radio commerciale P4).

« C'est complètement idiot »

Pour assurer un passage en douceur, la Norvège a préparé le terrain : dans ce pays généralement technophile, la RNT coexiste avec la FM depuis 1995. Et 22 chaînes nationales sont diffusées en format numérique avec de la place pour une petite vingtaine d'autres, alors que l'ancien mode de diffusion ne permet que cinq chaînes nationales au maximum.

Beaucoup estiment pourtant ce passage prématuré. Selon un sondage paru dans le journal Dagbladet en décembre, 66 % des Norvégiens sont contre l'extinction du signal FM contre seulement 17 % qui s'y disent favorables.

Si 74 % de la population est déjà équipée d'au moins un appareil permettant de capter le signal numérique, le problème se pose avec acuité pour les automobilistes, puisque seules un tiers des voitures individuelles peuvent aujourd'hui recevoir la RNT.

Y remédier nécessite l'achat d'un adaptateur, dont le prix varie généralement entre 1000 et 2000 couronnes (entre 150 et 310 $), ou le remplacement encore plus onéreux de l'autoradio.

« C'est complètement idiot parce que je n'ai pas besoin de plus de chaînes que je n'en ai aujourd'hui », confie à l'AFP Eivind Sethov, un retraité de 76 ans vivant à Oslo. « C'est bien trop cher. J'attends que le prix des adaptateurs baisse avant d'équiper ma voiture ».

Alors que le passage au numérique réduit les coûts de diffusion pour les professionnels, ce sont donc les consommateurs qui supportent le coût de la transition.

Pour M. Torvmark, il n'y a pas lieu de s'inquiéter : « Il est clair que quand il y a un grand changement technologique, certains se posent des questions et sont critiques », mais « la moitié des auditeurs écoutent déjà chaque semaine des chaînes qui n'auraient pas existé sans ».

La principale raison pour laquelle la Norvège est la première à franchir le pas est liée à la topographie du pays : ses fjords et ses montagnes, ainsi que l'éparpillement de la population sur de grandes superficies font que la diffusion en FM est chère...

Le processus d'extinction débutera dans le Nordland, une région septentrionale du pays, le mercredi 11 janvier à 11 h 11 (5 h 11 à Montréal), avant de s'étendre au reste du pays d'ici à la fin de l'année. Des millions de postes seront alors obsolètes.

En Europe, la Suisse, le Royaume-Uni et le Danemark suivent le mouvement de très près. Mais de nombreux pays traînent encore des pieds.

« Ça prend un temps fou », déplore Simon Spanswick, patron de l'Association internationale des télés et radiodiffuseurs (AIB, Association for International Broadcasting).

Les autorités renâclent à passer au tout numérique pour éviter de mécontenter les propriétaires de récepteurs radio classiques en leur demandant « d'investir dans un nouvel équipement », dit-il.

En Allemagne, la date-butoir pour supprimer la bande FM, initialement fixée à 2015, a été abrogée par les députés du Bundestag en octobre 2011.




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