France: la victoire de Donald Trump donne des ailes au Front national

La chef du Front national Marine Le Pen... (photo Martin BUREAU, AFP)

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La chef du Front national Marine Le Pen prend la parole depuis les quartiers généraux de son parti à Nanterre en banlieue parisienne à la suite de la victoire du républicain Donald Trump à la présidentielle américaine, le 9 novembre.

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Charlotte PLANTIVE, Guillaume DAUDIN
Agence France-Presse
PARIS

La victoire de Donald Trump aux États-Unis a suscité un électrochoc en France, où l'hypothèse d'une victoire de la chef de l'extrême droite Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 est soudain devenue plus plausible.

« Félicitations au nouveau président des États-Unis Donald Trump et au peuple américain, libre ! » : la présidente du parti Front national (FN) n'a pas attendu l'annonce des derniers résultats pour se réjouir.

Tous les sondages prédisent qu'elle se qualifiera au second tour de l'élection présidentielle, mais lui promettent une défaite lors du duel final, probablement face au candidat de droite.

Toutefois, les enquêtes d'opinion n'avaient anticipé ni la victoire de Donald Trump ni le vote en faveur du Brexit et l'extrême droite française espère bien humilier les sondeurs à son tour.

« Le système et les sondages, "ça Trump énormément" » s'est ainsi amusé Jean-Lin Lacapelle, un cadre du FN.

Le risque d'une réplique française au séisme américain a suscité une avalanche de réactions inquiètes dans le reste de la classe politique française.

L'élection américaine « veut dire que le populisme extrême peut gagner », a commenté l'ancien premier ministre de droite Jean-Pierre Raffarin. « Mme Le Pen, avec des réponses simples, peut gagner en France ».

« Ce qui est possible aux États-Unis est possible en France », a renchéri son successeur Dominique de Villepin, tandis que le quotidien de gauche Libération y voyait un « avertissement supplémentaire pour ceux qui pensent que Marine Le Pen ne peut parvenir au pouvoir en France en 2017 ».

Pour le président François Hollande, il est impératif de « prendre conscience des inquiétudes qui sont provoquées par les désordres du monde dans tous les peuples y compris dans le peuple américain, première puissance du monde ».

Car le contexte actuel joue en faveur de Marine Le Pen.

Sur le plan international, le flux migratoire sans précédent en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale favorise les discours ultranationalistes, anti-européens et xénophobes qui, outre la France, ont également percé en Autriche, Allemagne, Hongrie, Pologne, Pays-Bas, Danemark...

En France, les multiples attentats djihadistes depuis 2015 (238 morts) ont concentré les discours sur la sécurité, l'immigration, l'identité, l'islam, des thèmes portés par le FN depuis sa création en 1972.

Le parti profite aussi du discrédit des partis de gouvernement : l'impopulaire président Hollande a plongé la gauche dans le marasme, à droite la primaire a déclenché une guerre des chefs.

« Pas du sérail »

Autre « avantage énorme, Marine Le Pen n'a jamais participé au pouvoir. Ça gomme beaucoup d'aspects peu crédibles de son programme », soulignait récemment le chercheur Jean-Yves Camus.

« Nous ne sommes pas du sérail », déclarait-elle d'ailleurs sur CNN en septembre, en se comparant à Donald Trump. « Nous n'allons pas prendre d'ordres auprès de telle puissance financière ou de tels intérêts de multinationales. »

Dans une optique de conquête du pouvoir, la présidente du Front national s'est attachée depuis 2011 à « dédiaboliser » l'image du FN, prenant ses distances avec les saillies racistes et antisémites de son père, sans renoncer aux fondamentaux du parti.

Cette stratégie lui a permis de capter des électeurs de droite sensibles à ses thèses anti-immigration et, à gauche, des déçus des politiques économiques notamment sur le front du chômage. Depuis 2012, le FN a progressé à chaque scrutin pour arriver en tête au premier tour des régionales l'an dernier avec un score historique de 28 %.

Malgré tout, son image reste clivante et son programme économique, notamment la sortie de l'euro, inquiète. Et le système électoral français risque de lui compliquer la tâche.

Pour le politologue Joël Gombin, « l'élection présidentielle, qui a un mode de scrutin majoritaire à deux tours, impose de disposer d'une coalition électorale pour l'emporter et de convaincre au-delà de son camp ».

Or, depuis 1958 « aucun parti n'a réussi à dépasser seul la barre des 50 % des voix exprimées » et « le FN est justement dans ce refus des alliances », ce qui le rend attractif, mais le prive de réserves de voix au second tour, selon lui.

En 2002, Jean-Marie Le Pen s'était ainsi hissé au second tour de la présidentielle, profitant de la dispersion des voix de gauche. Mais il avait été laminé au second tour, la gauche ayant appelé à se reporter sur le candidat de droite Jacques Chirac pour le bloquer.

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